nasi goreng

Quels types de repas typiques peut-on déguster lors d’un voyage à Java ?

Il y a une odeur qu’on n’oublie pas. Celle du kecap manis qui caramélise sur un wok en fonte à cinq heures du matin, quelque part entre Yogyakarta et Solo, dans une ruelle où personne ne parle votre langue. Java ne ressemble à aucune autre île. Pas à Bali, trop connue, trop lissée pour les touristes. Java est brute, dense, vivante, et sa cuisine l’est tout autant. On parle pourtant trop peu de la gastronomie javanaise, l’une des plus riches et des plus complexes de toute l’Asie du Sud-Est, au profit de recettes balinaises plus photogéniques. C’est une erreur. Une vraie erreur.

Le nasi goreng, bien plus qu’un simple riz frit

plat nasi goreng

Le nasi goreng est le plat national de l’Indonésie, et Java en est le berceau le plus authentique. Derrière ce nom qui signifie littéralement « riz frit », se cache une recette d’une précision redoutable : du riz cuit la veille, sauté à feu vif avec du kecap manis (sauce soja sucrée à la texture sirupeuse), du terasi (pâte de crevettes fermentée), de l’ail, des échalotes, et souvent une pointe de tamarin qui tranche l’ensemble. L’œuf au plat posé dessus n’est pas un détail, c’est une signature.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que chaque warung, ces petites gargotes familiales qui bordent les rues javanaises, livre sa propre version du plat. L’un sera plus fumé, l’autre plus sucré, un troisième ajoutera des crevettes séchées ou du poulet effiloché. Ce n’est pas le même plat qu’on mange dans un restaurant indonésien à Paris, où tout est adouci pour plaire à un palais occidental. À Java, le nasi goreng pique, colle au wok et sent la braise. Il ne cherche pas à plaire, il cherche à nourrir.

Le gudeg de Yogyakarta, le plat que Java garde jalousement

gudeg de Yogyakarta

Si vous demandez aux habitants de Yogyakarta quel plat représente leur ville, la réponse sera toujours la même : le gudeg. Ce ragoût de jeune jacquier mijoté pendant quatre heures dans du lait de coco, du sucre de palme, de la galanga et des épices locales est une véritable institution. La cuisson longue, régulièrement remuée à l’aide d’un ustensile traditionnel appelé hangudeg, donne au plat une texture fondante et une couleur brun-caramel caractéristique. Le résultat est à la fois doux et profond, sucré sans être dessert.

On le sert accompagné d’opor ayam (poulet mijoté au lait de coco), de telur pindang (œufs durs cuits longuement dans un bouillon épicé qui les teinte de l’intérieur) et de krechek, un ragoût de peau de bœuf frite relevé de piment. Ce n’est pas un plat qu’on avale en dix minutes au bord d’une route. C’est un plat qu’on comprend avec le temps, comme on comprend Java elle-même. Pour ceux qui souhaitent prendre ce temps, un itinéraire pour 15 jours à Java permet justement de traverser Yogyakarta à un rythme qui laisse la place à ces expériences culinaires profondes, loin de la précipitation des circuits express.

Le gado-gado et le pecel, les salades qui renversent les idées reçues

gado-gado

Le mot « salade » peut induire en erreur. On imagine quelque chose de léger, de passe-partout. Le gado-gado est tout le contraire. Le nom signifie littéralement « mélange » en indonésien, et c’est exactement ce qu’il est : légumes blanchis, tofu frit, tempeh, œuf dur, pommes de terre, germes de soja, concombre frais, le tout nappé d’une sauce cacahuète onctueuse, pimentée et légèrement sucrée, avec des krupuks (chips de crevettes) pour le croquant. C’est un plat complet, généreux, taillé pour les appétits sérieux.

pecel

Le pecel, lui, est la version plus sèche et plus austère, typique de la région de Yogyakarta et de Madiun. La sauce arachide y est plus épaisse, servie en galette compressée qu’on réhydrate au moment de dresser l’assiette, et le tout se mange généralement avec du riz blanc. Les deux plats partagent une base similaire mais n’ont pas tout à fait le même caractère. Voici leurs principales différences :

Gado-gadoPecel
Ingrédients principauxLégumes blanchis, tofu, tempeh, œuf dur, pommes de terre, concombreLégumes blanchis (haricots, épinards, germes de soja), parfois tofu
Sauce cacahuèteOnctueuse, liquide, légèrement sucrée et pimentéePlus épaisse, souvent préparée en galette compressée séchée
AccompagnementKrupuks (chips de crevettes), ketupat (gâteau de riz)Riz blanc, rempeyek (galette de cacahuètes frites)
Origine géographiqueJakarta et Java occidentale, répandu dans toute l’IndonésieYogyakarta, Madiun, Java centrale

Le bakso et le soto, les soupes de rue qui nourrissent l’âme

bakso

À Java, les soupes ne sont pas un plat d’hiver. Elles sont là à toute heure, dans un chariot poussé à la main, dans un bol fumant tendu par une main calleuse, au coin d’une rue que vous ne retrouverez jamais sur une carte. Le bakso est partout. Ce bouillon de bœuf dense, chargé de boulettes de viande (mélange de bœuf haché, farine de tapioca et sel), de vermicelles de riz, de tofu, de germes de soja et d’oignons verts, est vendu depuis des chariots à deux roues que les Javanais reconnaissent au son de leur clochette. Dans l’est de Java, autour de Malang, la version locale s’enrichit de wontons frits et parfois d’un œuf mollet coulant dans le bouillon chaud.

soto

Le soto est d’une autre nature. C’est une soupe plus délicate, colorée au curcuma, parfumée à la citronnelle, qui varie profondément d’une ville à l’autre. Le soto ayam (au poulet) de Yogyakarta n’a rien à voir avec le soto Bangkong de Semarang, servi avec des brochettes de coques et des œufs de caille. Chaque version raconte un territoire. Ces deux soupes partagent un point commun : elles se mangent le matin au réveil, ou tard le soir après une longue journée. La cuisine javanaise n’a pas d’horaires, et c’est peut-être là son plus grand luxe.

Le martabak, le satay et les snacks de rue à ne pas manquer

martabak

La nuit tombe sur les marchés de Java, et l’air se charge d’une fumée grasse et sucrée mêlée. Des brochettes de poulet grillent sur des braises de noix de coco, des vendeurs retournent des galettes épaisses avec des gestes précis appris depuis l’enfance. C’est ici, dans cette lumière orangée et ce bruit de wok, qu’on comprend vraiment ce qu’est le street food javanais.

Les en-cas à ne pas manquer lors d’une soirée de marché à Java sont nombreux. En voici les incontournables :

  • Martabak telur : chausson frit farci d’œuf, de viande hachée épicée et de ciboulette. Ne pas confondre avec le martabak manis, la version sucrée fourrée au chocolat ou au fromage, qui est un dessert à part entière.
  • Satay : brochettes de poulet ou de bœuf marinées puis grillées sur braises, servies avec une sauce cacahuète ou une sauce soja sucrée et des lamelles d’échalote crue.
  • Tempe kecap : tempeh (galette de soja fermenté) frit puis laqué au kecap manis, croustillant en surface, fondant à cœur.
  • Gorengan : beignets de légumes variés (banane, tofu, manioc, patate douce) frits dans une pâte légère, vendus chauds pour quelques roupies.

Les desserts javanais, la douceur qu’on n’attend pas

wingko babat

Java surprend jusqu’au bout. Même ses douceurs déconcertent ceux qui s’attendaient à des pâtisseries sucrées au sens occidental du terme. Le wingko babat, originaire de la région de Semarang, est un gâteau rond fait de farine de riz gluant et de noix de coco râpée, grillé à sec jusqu’à obtenir une croûte légèrement caramélisée dehors et une texture moelleuse dedans. Il se conserve quelques jours et s’emporte facilement, ce qui explique son succès comme souvenir de voyage.

es dawet

L’es dawet est une autre expérience : une boisson-dessert fraîche composée de vermicelles de riz teintés en vert à la feuille de pandan, noyés dans du lait de coco et surmontés de cassonade fondue. Réfrigéré, servi dans un verre ou un sachet plastique en bord de route, c’est la pause idéale sous une chaleur de 35 degrés. Le jadah tempe, lui, marrie du riz gluant blanc et du tempeh, enveloppés dans des feuilles de bananier qui leur confèrent un arôme végétal discret. Ce n’est pas sucré, c’est équilibré.

Ce rapport au sucré est d’ailleurs une clé pour comprendre toute la cuisine javanaise. Le sucre de palme glisse jusque dans les plats salés, comme on l’a vu avec le gudeg. Ici, le sucré n’est pas une catégorie à part. C’est une note parmi d’autres, toujours présente, jamais dominante. À Java, on ne choisit pas entre le salé et le sucré. On apprend à vivre avec les deux en même temps, comme on apprend à vivre avec tout ce que cette île a d’irréductiblement multiple.

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