Vous avez déjà longé la corniche Kennedy en rêvant de vous poser dans une crique digne de ce nom, loin des plages bondées du Prado ? Nous avons ce qu’il vous faut. Nichée sur la presqu’île de Malmousque, l’anse de Maldormé fait partie de ces adresses que les Marseillais se transmettent à demi-mot. Une petite plage de galets au pied de villas patriciennes, une eau limpide qui invite au plongeon, et cette sensation de découvrir un bout de Méditerranée préservé à quelques minutes du Vieux-Port. Seulement voilà : trouver une place sur cette bande étroite relève parfois du parcours du combattant, et le stationnement peut virer au cauchemar. Mais ce cadre intimiste, protégé du vent, vaut largement l’effort. Voici tout ce que nous avons appris pour profiter de Maldormé sans y laisser vos nerfs.
L’anse de Maldormé : une crique à l’abri des regards au pied de la Petite Ourse
L’anse de Maldormé se découvre après une descente d’escaliers, entre l’hôtel du Petit Nice et la villa jaune et blanche de la Petite Ourse qui surplombe les flots. Ce décor de carte postale réunit tout ce qui fait le charme des criques marseillaises : des cabanons les pieds dans l’eau, des hangars à bateaux qui racontent l’histoire du quartier, des rochers à fleur d’eau où les habitués posent leur serviette sans un regard pour les nouveaux venus.
L’orientation sud-est de cette anse protège naturellement du mistral, ce vent qui transforme tant d’autres plages en zones de combat. Résultat : vous profitez d’une mer souvent calme, presque lisse certains matins. L’atmosphère ici diffère radicalement des grandes étendues sablonneuses. Nous parlons d’une plage de galets gris d’environ 200 mètres, où chacun défend son territoire avec la discrétion propre aux habitués qui connaissent les meilleurs coins. Certains reviennent depuis des décennies au même endroit, comme si l’anse leur appartenait un peu.
Nous assumons un avis tranché : Maldormé ne convient pas à ceux qui cherchent le confort standardisé des complexes balnéaires. Cette crique sauvage attire plutôt les amateurs de baignade authentique, ceux qui acceptent les galets sous les pieds en échange d’une eau cristalline. Et cette acceptation fait toute la différence dans l’expérience que vous vivrez ici.
Comment accéder à la plage de Maldormé (et où se garer sans devenir fou)
Depuis la corniche Kennedy, vous devez emprunter la traverse de la Cascade, cette petite route pentue qui descend vers la mer. Les escaliers qui mènent à la plage se trouvent sur votre gauche, bien visibles une fois que vous avez entamé la descente. Le trajet paraît simple sur le papier, mais la réalité du terrain réserve quelques surprises, surtout si vous venez en voiture.
Le stationnement constitue le vrai défi de Maldormé. La traverse de la Cascade propose quelques places, mais elles se comptent sur les doigts d’une main et disparaissent avant 9h en été. Franchement, tenter votre chance ici un week-end de juillet revient à jouer à la loterie. Les alternatives existent : vous pouvez vous garer près de la Légion étrangère sur le chemin du Génie ou le plateau de Malmousque, puis marcher une dizaine de minutes. Autre option, la station marine d’Endoume offre également quelques possibilités de stationnement, même si le quartier entier souffre d’une pénurie chronique de places.
Notre conseil : oubliez la voiture. Le bus 83 dessert l’arrêt Fausse Monnaie toutes les 10 minutes environ depuis le Vieux-Port, avec un trajet d’une quinzaine de minutes. De là, vous rejoignez la traverse de la Cascade à pied en quelques minutes. Les stations Le Vélo permettent aussi d’arriver sans stress le long de la corniche, un trajet agréable qui fait déjà partie de la journée plage.
| Moyen de transport | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Voiture | Autonomie, transport d’équipements | Stationnement quasi impossible en été, croisements difficiles dans les ruelles |
| Bus 83 | Fréquence élevée, arrêt à proximité, économique | Peut être bondé aux heures de pointe, trajet debout possible |
| Vélo (Le Vélo) | Trajet agréable sur la corniche, stations disponibles, flexibilité | Montée au retour fatigante, places limitées aux stations |
| Marche depuis parking alternatif | Solution de repli viable, découverte du quartier | 10 à 15 minutes de marche, escaliers à descendre avec tout le matériel |
Baignade à Maldormé : eaux claires et pente douce dans une mer protégée
L’eau ici affiche cette transparence méditerranéenne qui permet d’observer les fonds jusqu’à plusieurs mètres. La pente reste douce, vous entrez progressivement sans vous retrouver soudainement au-dessus de votre tête. Les familles apprécient cette caractéristique, même si les galets rendent l’accès moins confortable qu’une plage de sable. Nous vous recommandons vivement des chaussures aquatiques : marcher pieds nus sur ces cailloux n’a rien d’une partie de plaisir.
Les rochers qui bordent la crique servent de plongeoir improvisé aux habitués. Certains y passent des heures, alternant bains de soleil sur la pierre chaude et plongeons pour se rafraîchir. L’absence de surveillance officielle impose une vigilance personnelle, surtout avec des enfants. Vous nagez à vos risques, dans une zone non balisée où les bateaux passent occasionnellement au large.
La température de l’eau grimpe agréablement dès juin, atteignant 23 à 25 degrés en juillet-août. Même en septembre, vous profitez encore d’une baignade très confortable. Le matin, quand l’anse baigne dans la lumière rasante et que l’eau n’a pas encore été troublée par les baigneurs, vous vivez Maldormé sous son meilleur jour. L’après-midi, la plage passe à l’ombre, ce qui décourage certains mais rafraîchit l’atmosphère quand le soleil tape trop fort ailleurs.
Quand venir pour éviter la cohue (timing et affluence)
Soyons clairs : en juillet-août, cette petite anse sature rapidement. Vers 11h un samedi ensoleillé, vous cherchez désespérément 50 centimètres carrés pour poser votre serviette. La configuration en fer à cheval concentre les baigneurs sur une surface réduite, transformant le lieu en véritable fourmilière humaine. Les habitués le savent et arrivent avant 9h pour sécuriser leur territoire.
Nous privilégions les matinées de semaine hors vacances scolaires, quand Maldormé retrouve son calme et son charme initial. L’eau claire n’a pas encore été remuée, les galets restent disponibles, vous respirez. Septembre et juin offrent le meilleur compromis : une météo encore clémente, une eau à bonne température, et une fréquentation divisée par deux comparée au cœur de l’été.
Les couchers de soleil depuis cette anse ont bâti leur réputation. L’orientation permet d’admirer le soleil qui descend sur l’horizon marin, teintant les villas patriciennes de nuances orangées. Quelques irréductibles viennent spécialement pour ce spectacle, installés sur les rochers avec un pique-nique improvisé. Si vous supportez la fraîcheur de l’eau en mai ou octobre, vous découvrez une crique presque déserte, rendue aux mouettes et aux rares courageux. Cette solitude change complètement la perception du lieu.
Que trouver sur place : équipements et services (ou leur absence)
Autant vous prévenir tout de suite : Maldormé ne propose aucune infrastructure touristique. Pas de douche pour vous rincer du sel, pas de toilettes publiques, pas de poste de secours, aucune location de transats ou de parasols. Cette plage reste résolument sauvage, ce qui fait sa force mais exige une préparation minutieuse de votre part.
Le restaurant Le Petit Nice surplombe l’anse avec ses trois étoiles Michelin et ses tarifs qui éliminent d’office 99% des baigneurs. Pour manger, vous devez soit prévoir votre pique-nique, soit remonter vers la corniche Kennedy où quelques adresses accessibles existent. Cette absence de commercialisation préserve le caractère authentique du site, mais vous devez venir totalement autonome.
Voici ce que nous glissons systématiquement dans notre sac pour une journée réussie à Maldormé :
- Chaussures aquatiques pour marcher sur les galets sans souffrir
- Eau en quantité, au moins 2 litres par personne sous la chaleur
- Nourriture pour toute la journée, snacks compris
- Parasol ou tente de plage si vous venez l’après-midi, même si l’ombre arrive naturellement
- Crème solaire, la réverbération sur l’eau tape fort
- Sac poubelle pour ramener vos déchets, aucune poubelle sur place
- Masque et tuba pour explorer les fonds rocheux
- Serviette épaisse ou tapis de sol, les galets traversent le tissu fin
Nous assumons trouver cette simplicité rafraîchissante dans un monde où chaque plage veut ressembler à un club de vacances. Maldormé vous oblige à ralentir, à prévoir, à revenir à l’essentiel d’une journée au bord de l’eau. Certains détestent cette absence de confort, d’autres y voient précisément ce qui rend l’endroit spécial.
Les spots secrets autour de Maldormé à explorer
Une fois que vous connaissez Maldormé, la presqu’île de Malmousque révèle d’autres criques qui méritent le détour. Juste en contrebas, accessible par un petit escalier discret entre deux maisons sur le chemin de la Batterie des Lions, se cache une anse encore plus secrète : la Batterie aux Lions. Cette minuscule crique de galets ne figure sur aucun guide touristique, fréquentée uniquement par les résidents du quartier qui en gardent jalousement l’accès. L’escalier se trouve à droite quand vous regardez la mer depuis Maldormé, mais il faut savoir où chercher.
Dans l’autre direction, la plage du Petit Nice étend ses rochers blancs et plats entre Maldormé et l’anse de la Fausse Monnaie. Ces pierres plates servent de solarium naturel où les Marseillais s’allongent directement sur la roche chauffée par le soleil. Le lieu porte plusieurs noms selon les habitués : plage des Pierres Plates, plage du Petit Nice, ou plage de la Fausse Monnaie. L’arche du viaduc qui enjambe cette zone crée un repère visuel impossible à manquer depuis la corniche.
Plus loin, côté Vieux-Port, la calanque de Malmousque offre un décor pittoresque avec son petit port de 55 places et ses rochers plongeant dans l’eau turquoise. L’accès se fait par la célèbre rue Va à la Calanque, dont le panneau a disparu tant de fois que la mairie a fini par le sceller solidement. Cette calanque attire une foule différente, plus familiale, avec son ponton en béton facilitant la mise à l’eau.
Notre préférence ? Si vous cherchez la tranquillité absolue, visez la Batterie aux Lions en semaine. Pour le plongeon et l’observation des fonds, les rochers du Petit Nice offrent un terrain de jeu exceptionnel. Et si vous voulez explorer la presqu’île dans son ensemble, enchaînez Maldormé le matin, la Fausse Monnaie en milieu de journée, et terminez à la calanque de Malmousque pour le coucher de soleil.
Nos conseils pratiques pour une journée réussie à Maldormé
Arrivez avant 9h30 en été, c’est non négociable si vous voulez choisir votre emplacement. Les habitués occupent déjà leurs rochers favoris à 8h les week-ends de juillet. En semaine, vous gagnez une heure de répit, mais pas davantage. Cette contrainte horaire détermine toute l’organisation de votre journée.
L’accessibilité pose problème pour les personnes à mobilité réduite ou les familles avec poussettes. Les escaliers qui descendent à la plage ne laissent aucune alternative, et les galets compliquent encore les déplacements une fois en bas. Nous avons vu des parents porter leurs enfants et tout le matériel, ce qui transforme l’arrivée en véritable expédition. Évaluez honnêtement vos capacités physiques avant de vous lancer.
Les habitués de Maldormé ont leurs codes tacites. Ils reviennent aux mêmes endroits, se saluent d’un hochement de tête, respectent les distances. N’essayez pas de vous installer à 50 centimètres d’un groupe déjà installé si l’espace existe ailleurs, vous recevrez des regards éloquents. Cette crique fonctionne comme un village où chacun connaît sa place.
Le comportement écologique ne se discute même pas : vous ramenez absolument tous vos déchets, y compris les mégots et les épluchures de fruits. L’absence de poubelles teste votre civisme, et les habitués ne tolèrent aucun écart. Le quartier résidentiel qui surplombe la plage mérite aussi le respect : évitez les musiques à fond, les cris permanents, les stationnements sauvages qui bloquent les riverains.
Ce qui rend une visite à Maldormé vraiment mémorable ne tient pas au confort ni aux services. Vous venez ici pour l’authenticité d’une crique marseillaise préservée, pour cette sensation de découvrir un secret partagé à voix basse, pour la qualité de l’eau qui fait oublier les galets inconfortables. Vous acceptez les contraintes en échange d’un privilège : celui de vous baigner dans un décor digne d’une carte postale à quelques minutes du centre-ville. Les matins où vous avez Maldormé pour vous seul, quand la lumière joue sur les façades des villas et que l’eau miroite sans une ride, vous comprenez pourquoi les Marseillais gardent jalousement cette adresse. Cette compréhension ne s’explique pas, elle se vit.




