Imaginez un passage étroit entre deux immeubles, une volée de marches qui descend vers l’inconnu, et soudain ce tableau : une plage de sable blond bordée de cabanons colorés, l’eau turquoise qui scintille face aux îles du Frioul. La Verrerie ne se donne pas facilement. Protégée par les Marseillais comme un trésor familial, elle demande un peu d’effort et beaucoup de curiosité. Mais une fois vos pieds dans ce sable naturel si rare sur le littoral marseillais, vous comprendrez pourquoi les habitués en parlent si peu. Nous allons vous dévoiler les secrets de cette crique authentique, coincée entre la Madrague de Montredon et l’anse des Sablettes, là où Marseille oublie d’être touristique.
Pourquoi la Verrerie reste l’une des plages les plus authentiques de Marseille
Cette plage porte plusieurs identités : plage de Bonne Brise pour l’administration, plage à Dédé en mémoire de la pizzeria mythique démolie en 2013, ou tout simplement la Verrerie en hommage à l’ancienne usine du quartier. Nous préférons ce dernier nom, celui qui rappelle l’histoire ouvrière de Montredon.
Ce qui frappe d’abord, c’est le sable naturel qui s’étend sous vos pieds. À Marseille, ville de galets et de roches calcaires, c’est une denrée précieuse. Ensuite, ces cabanons équipés en eau et électricité qui bordent le rivage. Contrairement aux abris de fortune qu’on trouve ailleurs sur le littoral, ceux-ci sont de véritables petits logements de 15 à 20 m², loués environ 600 euros la semaine en pleine saison ou à l’année pour les chanceux. Certains datent de l’époque où ils servaient de hangars à bateaux pour les pêcheurs. Aujourd’hui, ils créent cette atmosphère si particulière : des barbecues qui fument le soir, des familles qui reviennent chaque été au même endroit, une continuité dans le temps qui contraste brutalement avec les plages urbaines aseptisées.
L’ambiance reste résolument familiale et locale. Vous ne trouverez pas ici de transats alignés, pas de beach club branché, pas de serveurs qui vous apportent des cocktails. Juste du sable, de l’eau, et cette vue magnifique sur la Madrague qui donne l’impression d’être loin de tout. Nous assumons totalement notre préférence : malgré ses contraintes d’accès et son manque d’équipements, la Verrerie vaut largement le détour pour qui cherche l’authenticité marseillaise.
Comment accéder à la plage de la Verrerie (et où se garer sans perdre patience)
Parlons franchement : rejoindre la Verrerie demande un minimum d’organisation. Le quartier de Montredon se situe sur la route des Goudes, cette artère étroite qui longe le littoral sud de Marseille. Depuis l’avenue de la Madrague de Montredon, prenez le boulevard Colombet sur votre droite, puis immédiatement à gauche le boulevard Bonne Brise. Au bout de cette voie, un parking gratuit mais souvent mal entretenu vous attend, avec une vue splendide sur la mer depuis le City Stadium de la Verrerie.
| Moyen de transport | Itinéraire | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Voiture | Avenue de la Madrague de Montredon, parking City Stadium | Autonomie, plus rapide | Stationnement limité, bouchons le dimanche |
| Bus | Ligne 19, arrêt Grotte Roland ou Verrerie | Pas de stress de parking | Fréquence réduite hors saison |
| Vélo | Via corniche Kennedy puis Pointe Rouge | Écologique, agréable | Distance importante depuis le centre |
Soyons honnêtes : le stationnement peut virer au cauchemar en été. Le parking gratuit se remplit dès 9h30 les week-ends de juillet-août. Nous vous conseillons d’arriver avant 9h ou après 18h. Autre écueil à anticiper : les bouchons légendaires du dimanche après-midi sur la route des Goudes, quand tout Marseille rentre des calanques. Prévoyez une bonne heure de patience ou évitez carrément ce créneau.
Le bus 19 reste une excellente alternative. Depuis la gare Saint-Charles, comptez 40 minutes avec une correspondance au métro Périer. L’arrêt Grotte Roland vous dépose à deux minutes à pied du parking. En été, une navette maritime depuis le Vieux-Port jusqu’à Pointe Rouge peut agrémenter le trajet.
L’accès à la plage : ce qu’il faut savoir avant de descendre les escaliers
Une fois garé, le vrai travail commence. La plage se cache littéralement derrière les immeubles. Vous devez repérer un passage discret entre les habitations, parfois marqué d’un sobre panneau indiquant la plage. Certains racontent qu’on pouvait encore lire « LOCALS ONLY » sur un mur il y a quelques années, vestige de l’esprit protecteur des habitants. Cette inscription a disparu, mais l’état d’esprit reste.
Le passage sous l’immeuble débouche sur un large escalier d’une cinquantaine de marches. Raide, étroit, totalement inadapté aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite. Nous insistons : si vous venez avec de jeunes enfants, oubliez la poussette et prévoyez de les porter. Même chose pour vos affaires de plage. Glacière, parasol, serviettes : tout devra être transporté à bras. Privilégiez le sac à dos au caddie.
Le meilleur moment pour descendre ? Tôt le matin, quand les escaliers sont encore dans l’ombre et que la plage commence à peine à s’animer. Vous éviterez la foule et profiterez de quelques heures tranquilles avant l’arrivée massive de l’après-midi.
Baignade à la Verrerie : conditions, sécurité et meilleurs moments
Première information cruciale : la plage n’est pas surveillée. Aucun poste de secours, aucun maître-nageur. Vous nagez sous votre propre responsabilité. Cette réalité exige une vigilance accrue, surtout avec des enfants.
L’entrée dans l’eau se fait progressivement, le fond de sable descend en pente douce. Les familles apprécient cette configuration rassurante. L’eau affiche ces nuances de bleu caractéristiques des calanques marseillaises : turquoise près du bord, bleu profond plus au large. Quand le soleil tape, la transparence devient presque irréelle.
Mais attention au mistral. Ce vent du nord-ouest peut transformer la baignade paisible en expérience périlleuse. Les courants deviennent forts, les vagues se forment rapidement. Nous vous déconseillons formellement de vous baigner les jours de mistral soutenu. Consultez la météo marine avant de partir.
Les meilleurs moments pour profiter de la Verrerie ? Le printemps et l’automne, quand l’eau reste agréable autour de 18-20°C et que la fréquentation baisse drastiquement. Le matin, vous bénéficiez de l’ombre des cabanons, précieuse en plein été. Le soir, la plage offre un spectacle magnifique : le soleil se couche derrière les îles du Frioul, la lumière dorée embrase les façades colorées des cabanons. Ces instants valent à eux seuls le déplacement.
Les cabanons de la Verrerie : un patrimoine marseillais vivant
Ces petites constructions colorées ne sont pas de simples décors. Elles constituent un patrimoine architectural et social unique à Marseille. Contrairement aux cabanons des autres plages marseillaises, ceux de la Verrerie disposent de l’eau courante et de l’électricité, un luxe rare qui les transforme en véritables résidences secondaires miniatures.
Vous pouvez louer ces cabanons, soit pour les vacances via des plateformes comme Airbnb, soit à l’année auprès des propriétaires. Comptez entre 60 et 90 euros la nuit selon la saison, avec des frais de ménage inclus. Pour une semaine en août, le budget grimpe autour de 600 euros pour 15 m². Ces espaces étroits accueillent généralement un lit en mezzanine, un canapé-lit, une kitchenette et une minuscule salle d’eau. La terrasse couverte devient la pièce principale, avec vue directe sur la mer à 180 degrés.
L’attachement des locaux à ces cabanons dépasse la simple location saisonnière. Certaines familles se transmettent le bail de génération en génération, perpétuant les rituels estivaux, les barbecues du soir, les parties de pétanque sur le sable. Cette continuité donne à la Verrerie son caractère si particulier, cette impression de village dans la ville où tout le monde se connaît et où les habitudes ont la force de traditions.
Services et équipements : une plage nature sans fioritures
Autant vous prévenir immédiatement : la Verrerie n’est pas une plage aménagée façon club privé. Vous venez ici pour l’authenticité, pas pour le confort bourgeois. Voici ce que vous trouverez réellement sur place.
Les équipements disponibles se comptent sur les doigts d’une main :
- Des douches pour vous rincer du sel et du sable
- Un petit café qui vend glaces, sandwiches et boissons fraîches selon les périodes, souvent ouvert l’été et les week-ends de printemps
- Un parking gratuit en surplomb, chose suffisamment rare sur le littoral marseillais pour être soulignée
Maintenant, ce que vous ne trouverez pas :
- Aucun WC public, point absolument crucial à anticiper avant de descendre les escaliers
- Aucun poste de secours ni surveillance
- Aucune location de parasols, transats ou matériel de plage
- Aucun restaurant en bord de plage, les cabanons sont privés
Vous devez venir préparé : parasol, nourriture, eau en quantité suffisante. La remontée des escaliers dissuade les allers-retours pour aller chercher ce qu’on a oublié. Nous vous conseillons une glacière bien remplie et un grand sac pour ramener vos déchets. La plage reste étonnamment propre grâce au respect des habitués, à vous de perpétuer cette attitude responsable.
Quand éviter la Verrerie (et quand en profiter pleinement)
À éviter absolument : juillet et août, surtout les week-ends. La petite plage se retrouve littéralement surchargée, les serviettes se touchent, le parking affiche complet dès le matin. L’expérience perd tout son charme. Les dimanches après-midi d’été transforment la route des Goudes en parking géant, vous mettrez une heure pour rentrer. Les jours de mistral fort rendent la baignade dangereuse et désagréable, le sable vous fouette le visage.
Nos recommandations pour profiter pleinement de la Verrerie reposent sur le timing. Les matinées de mai, juin et septembre offrent des conditions idéales : eau à température agréable, fréquentation modérée, lumière magnifique. Les jours de semaine hors saison vous donnent parfois l’impression d’avoir privatisé la plage. L’automne jusqu’en octobre reste très agréable, l’eau conserve la chaleur de l’été et les couchers de soleil deviennent spectaculaires avec les lumières rasantes.
Si vous aimez les ambiances particulières, tentez le lever de soleil. Arrivez vers 7h un matin de juin, vous aurez la plage pour vous seul, avec cette lumière rose qui réveille doucement les façades des cabanons. L’eau reste fraîche mais l’expérience vaut largement ce petit sacrifice thermique. Le soir, restez jusqu’au coucher du soleil derrière les îles du Frioul. La plage s’anime différemment : les occupants des cabanons sortent leurs barbecues, l’odeur des grillades se mêle à l’air marin, les conversations s’étirent sous les étoiles. Vous découvrirez alors une autre facette de ce lieu, celle que les vacanciers pressés ne connaissent jamais.




