Nous nous souvenons de la première fois où nous avons cherché cette plage. Un escalier presque invisible, coincé entre deux immeubles, qui descend vers une anse de sable que certains habitants ont tenté de garder secrète. Vous avez peut-être entendu parler de cette pratique locale : modifier les informations sur Google Maps, effacer les panneaux, décourager les curieux. Quand vous posez enfin les pieds sur cette étendue de sable naturel bordée de cabanons aux couleurs délavées, vous comprenez pourquoi. Ce n’est plus tout à fait Marseille, ou plutôt, c’est un Marseille différent, celui qui résiste encore au tourisme de masse. Avez-vous déjà ressenti cette impression étrange de débarquer dans un lieu que vous n’étiez pas vraiment censé découvrir ?
Pourquoi on l’appelle aussi « la plage à Dédé » ou de la Verrerie
Cette plage porte trois noms, et chacun raconte un morceau de son histoire. Officiellement, vous êtes à Bonne Brise, du nom du boulevard qui surplombe l’anse. Mais demandez aux Marseillais où se trouve cette plage, et beaucoup vous parleront de « la plage à Dédé ». Ce nom vient de la pizzeria mythique « Chez Dédé », un établissement de bord de mer qui a nourri des générations entières avant d’être démoli entre 2011 et 2013, victime de la loi littoral. Certains en parlent encore avec nostalgie, comme d’un symbole d’une époque où cette plage appartenait vraiment au quartier.
Le troisième nom, la Verrerie, fait référence à l’usine de verre qui se dressait ici au XIXe siècle. Nous trouvons fascinant que ces trois appellations coexistent encore. Elles traduisent l’attachement profond des Marseillais à ce lieu, chaque génération ayant sa propre mémoire. Cette identité multiple refuse de se laisser réduire à une simple désignation administrative. Elle reflète aussi la stratification sociale et temporelle du quartier de Montredon, coincé entre son passé industriel, son âge d’or populaire et sa lente transformation actuelle.
Trouver l’entrée cachée : le parcours du combattant
Parlons franchement : l’accès à cette plage relève de la chasse au trésor. Depuis le boulevard Bonne Brise dans le 8ème arrondissement, vous devez repérer un escalier discret qui s’enfonce entre les habitations. Si vous ne savez pas qu’il est là, vous passerez devant sans le voir. Certains habitants ont même affiché pendant un temps la mention « LOCALS ONLY » pour décourager les visiteurs. L’accès est officiellement qualifié de difficile, et ce n’est pas une exagération marketing.
En voiture, suivez la route des Goudes. Depuis l’avenue de la Madrague de Montredon, tournez à droite sur le boulevard Colombet, puis à gauche sur le boulevard Bonne Brise. Vous trouverez un parking en haut, près du City Stadium de la Verrerie. Ce stade, soit dit en passant, offre probablement le plus beau panorama de tous les terrains de sport marseillais. Le stationnement est gratuit sur certaines places, mais attention : du lundi au samedi entre 9h et 18h, certains emplacements deviennent payants. Le parking n’est pas toujours dans un état impeccable, mais la vue compense largement. En bus, prenez la ligne 19 et descendez à l’arrêt Grotte Roland. Prévoyez quand même une petite marche.
Ce qui rend cette plage différente des autres
Bonne Brise fait partie des rares plages de sable naturel à Marseille, une particularité dans une ville où dominent plutôt les galets et les criques rocheuses. L’anse dessine une forme en fer à cheval protégée, bordée de cabanons de pêcheurs qui ont été reconvertis en locations saisonnières. Comptez environ 600 euros la semaine si vous voulez vous offrir cette expérience unique, équipés en eau et électricité. La vue sur le port de la Madrague ajoute à l’authenticité du lieu.
Ce qui nous frappe surtout, c’est cette mixité sociale que peu de plages marseillaises ont conservée. Selon le gérant du snack local, vous y croisez des touristes venus via Airbnb, des habitants du quartier, des jeunes en bande et des bobos en quête d’authenticité. La fréquentation est passée de 50 personnes à près de 1000 certains jours d’été selon La Provence, mais elle reste contenue comparée aux grandes plages du Prado. Cette diversité des profils crée une ambiance particulière, celle d’une « plage du peuple » qui résiste encore à la gentrification complète. Nous assumons d’y voir quelque chose de précieux, une forme de Marseille qui refuse de disparaître.
La baignade mérite qu’on s’y attarde sérieusement
Baignade : ce qu’il faut vraiment savoir
Soyons clairs : cette plage n’est pas surveillée. Aucun maître-nageur, aucun poste de secours. Quand vous ne voyez pas de drapeau hissé, cela signifie que vous vous baignez à vos risques et périls. La Ville de Marseille classe Bonne Brise parmi les zones non surveillées, une information que nous préférons vous donner d’emblée plutôt que de l’enjoliver.
Concernant la qualité de l’eau, les données de 2026 montrent des résultats globalement bons à excellents selon les périodes. En 2025, la plage a même été classée en qualité excellente. Les analyses de juillet 2026 indiquaient une qualité bonne, tandis qu’à la mi-août, elle est descendue à moyenne avant de remonter. En 2018, la plage a été ouverte 90 jours sur 94, avec seulement 4 jours de fermeture préventive, soit un taux d’accessibilité de 95,7%. La Ville réalise des prélèvements réguliers entre fin mai et fin août, avec des résultats disponibles en trois heures grâce à la biologie moléculaire. Attention cependant aux jours de mistral : les courants peuvent devenir forts et dangereux. Après de fortes pluies, la qualité peut aussi se dégrader temporairement.
| Critère | Information |
|---|---|
| Surveillance | Non |
| Qualité de l’eau | Bonne à excellente (vérifier les analyses du jour) |
| Accès handicapé | Oui |
| Toilettes | Oui |
| Douches | Oui (certaines endommagées) |
| Horaires | 24h/24 |
Les équipements sur place (et ceux qui manquent)
Vous trouverez un petit snack en haut de l’escalier qui propose sandwiches, glaces et boissons. Rien de gastronomique, mais c’est pratique quand la faim se fait sentir. Des toilettes publiques sont disponibles, ainsi que des douches, même si certaines ont été endommagées selon un arrêté de 2022. La plage a d’ailleurs connu des travaux de mise en sécurité suite à des problèmes d’affaissement du mur de soutènement et de la dalle. Ces questions de sécurité structurelle rappellent que ce lieu, aussi charmant soit-il, reste fragile.
Ce qui manque ? Beaucoup de choses, en fait. Pas d’ombre naturelle, ce qui peut devenir pénible en plein été marseillais. Prévoyez absolument votre parasol. Pas de transats à louer non plus, pas de restaurant depuis la démolition de Chez Dédé. Cette absence d’aménagements fait à la fois le charme brut du lieu et sa limite. Nous pensons que c’est précisément ce caractère non domestiqué qui attire certains, mais il faut le savoir avant de venir avec des enfants en bas âge ou des personnes qui ont besoin de confort.
Quand y aller pour éviter la foule
Juillet et août sont à éviter si vous recherchez la tranquillité. La plage est prise d’assaut, et vous aurez du mal à poser votre serviette. La fréquentation moyenne tourne autour de 200 personnes par jour, mais elle peut exploser certains week-ends d’été jusqu’à 1000 personnes sur cette petite anse. Imaginez la densité.
Nous vous conseillons le printemps, particulièrement avril et mai, ainsi que septembre et octobre. L’eau reste agréable, la lumière est magnifique, et vous aurez réellement de l’espace. L’avantage aussi : vous profitez de l’ombre le matin quand le soleil n’a pas encore tourné, et vous assistez à des couchers de soleil superbes en fin de journée, avec les cabanons qui prennent des teintes dorées. Les profils changent aussi selon les horaires. Les anciens du quartier viennent plutôt le matin, les jeunes l’après-midi, et ce que le gérant du snack appelle les bobos apparaissent en soirée. Cette rotation quotidienne fait partie du spectacle.
Les environs à ne pas manquer
Bonne Brise se situe entre l’anse des Sablettes et le port de la Madrague de Montredon, deux lieux qui méritent le détour. Le petit port de la Madrague garde une atmosphère de village avec ses pointus colorés et ses restaurants de poisson. À quelques pas de la plage, vous pouvez aussi découvrir la Cabane Georgina, une résidence d’artistes qui accueille régulièrement des expositions et des événements culturels. C’est le genre d’endroit que vous ne trouverez pas dans les guides touristiques classiques.
Si vous avez du temps et l’envie de marcher, poursuivez sur la route des Goudes. Cette route côtière offre des panoramas saisissants et mène vers le bout du monde marseillais, là où la ville s’arrête vraiment. La Pointe Rouge, plus proche, propose une ambiance différente, plus familiale et aménagée. Nous trouvons intéressant de combiner plage et balade pour saisir toute la diversité de ce secteur du 8ème arrondissement, moins touristique que le Vieux-Port ou les Calanques, mais tout aussi révélateur de l’identité marseillaise. Vous y découvrirez un Marseille qui travaille encore, qui vit au rythme de la mer, loin des cartes postales.




