siquijor

Que faire à Siquijor ? Top 10 des lieux incontournables

Il y a des îles qu’on visite, et des îles qui vous marquent. Siquijor appartient à la deuxième catégorie. Lovée dans l’archipel des Visayas, au sud de Cebu, cette île de 343 km² traîne une réputation qui refroidit encore aujourd’hui les Philippins eux-mêmes : on raconte qu’elle abrite des sorcières, des chamans, des guérisseurs capables du meilleur comme du pire. La plupart des habitants des îles voisines refusent catégoriquement d’y poser le pied. Ce que vous, visiteur étranger, ne savez pas encore, c’est que c’est précisément ce mystère qui en fait l’une des destinations les plus singulières de toutes les Philippines. On loue un scooter, on traverse des routes bordées de palmiers, on se baigne dans des eaux turquoise, et on repart avec le sentiment étrange que l’île vous a, quelque part, changé. Voici les dix lieux qui rendent Siquijor absolument impossible à oublier.

Les chutes de Cambugahay : l’incontournable absolu

Cambugahay

Si vous ne devez voir qu’un seul endroit à Siquijor, ce sont les cascades de Cambugahay. Nichées dans la commune de Lazi, elles forment trois bassins naturels en paliers, alimentés par des sources souterraines qui donnent à l’eau cette couleur turquoise presque irréelle. On descend 135 marches dans la végétation dense, et quand l’eau apparaît entre les branches, elle a cette teinte entre le bleu glacier et le vert d’eau qui ne ressemble à rien d’autre. Ce n’est pas un grand torrent spectaculaire : c’est intime, vivant, tropical dans tous les sens du terme.

On se baigne, on saute depuis les cordes suspendues au-dessus des bassins, on s’installe sur de petits radeaux de bambou pour se faire photographier sous la chute. Une corde plus subtile, surnommée la « fairy walk », permet de marcher au-dessus de l’eau comme une diwata, un esprit de la forêt dans la mythologie philippine. Ce détail n’est pas anodin : selon les habitants, ces eaux auraient longtemps été utilisées par les guérisseurs traditionnels pour leurs rituels de purification. L’endroit a une charge symbolique que le tourisme n’a pas encore complètement effacée. Attention cependant : après une forte pluie, l’eau se trouble et perd sa couleur. Vérifiez la météo des jours précédents avant de partir.

Quelques informations pratiques à garder en tête :

  • Entrée : 50 PHP par personne
  • Corde Tarzan : 20 PHP (illimité) / Radeau de bambou : 20 PHP
  • Horaires : 7h00 à 17h30 (les cordes ferment à 17h00)
  • Conseil : arriver à l’ouverture en semaine pour éviter la foule, surtout les week-ends et jours fériés
  • Accès : 25 à 30 minutes en scooter depuis San Juan

Le Balete Tree : l’arbre sacré qui confesse les âmes

Lawrence Ruiz, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

À quelques minutes à peine des chutes de Cambugahay se dresse un figuier vieux de plus de 400 ans, que les habitants appellent Old Enchanted Balete Tree. Ce n’est pas juste un vieil arbre. Pour les habitants de Siquijor, c’est un confessionnal naturel : quand quelqu’un commet une faute qu’il regrette, il se rend derrière l’arbre, pose la main sur l’écorce, et avoue ses erreurs à voix haute. C’est littéralement l’église de l’île. Avant de le toucher, les croyants demandent la permission aux esprits qui l’habitent, car dans la mythologie philippine, les Balete abritent des créatures comme l’Aswang, un métamorphe redouté, la Diwata, figure proche des fées, ou le Dwende, un lutin espiègle aux intentions variables.

Au pied de l’arbre, un bassin naturel a été aménagé en fish spa : des poissons nettoyeurs viennent picorer les peaux mortes de vos pieds, dans une expérience aussi étrange que relaxante. L’endroit n’est pas toujours simple à repérer depuis la route, car l’arbre est légèrement en retrait. Quelques pesos suffisent pour l’accès au bassin. C’est l’un des rares lieux de l’île où spiritualité et tourisme cohabitent sans que l’un détruise l’autre, à condition d’aborder le lieu avec le respect qu’il mérite.

Paliton Beach : là où le soleil se couche le mieux des Philippines

Checawey, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Beaucoup de blogs présentent Paliton Beach comme « la plus belle plage de l’île ». C’est réducteur. Ce qui la rend véritablement unique, c’est son coucher de soleil : les voyageurs qui ont parcouru tout l’archipel philippin reviennent de Siquijor en disant que c’est ici qu’ils ont vu le plus beau couchant de leur vie. La lumière dorée bascule lentement derrière les bateaux de pêcheurs traditionnels qui préparent leur sortie nocturne. Le sable blanc, les cocotiers, les roches coralliennes couvertes de végétation : tout est là, sans artifice, sans beach club strident.

Une réalité à connaître avant d’y aller : comme la grande majorité des plages de Siquijor, le lagon est très peu profond. À marée basse, vous marcherez sur des centaines de mètres avant d’avoir de l’eau jusqu’aux cuisses. Consultez impérativement les horaires de marée si vous venez pour vous baigner, pas seulement pour la photo. L’accès est soumis à une taxe environnementale de 20 PHP par personne, dont l’utilisation réelle reste, soyons honnêtes, assez floue.

Salagdoong Beach : le seul endroit où on saute du haut des falaises

RM Bulseco from Davao City, Philippines, CC BY 2.0 , via Wikimedia Commons

Salagdoong Beach, c’est une autre histoire que Paliton. Située sur la pointe est de l’île, dans la commune de Maria, elle attire ceux qui veulent de l’adrénaline. Deux plongeoirs en béton, à 6 et 10 mètres de hauteur, dominent une eau turquoise d’une clarté parfaite. Un toboggan géant plonge directement dans la mer. Et juste en face, les récifs coralliens offrent un snorkeling de qualité à quelques brasses du bord seulement. C’est l’une des rares plages profondes de Siquijor, ce qui change tout pour la baignade.

Un point souvent omis par les guides : les plongeoirs ne sont accessibles qu’à marée haute. Si vous faites 45 minutes de scooter depuis San Juan pour sauter, vérifiez les horaires avant de partir. Un maître-nageur est présent sur place. Le site est géré par un resort, l’entrée est payante, et il y a des vendeurs de nourriture et de boissons sur la plage pour y passer la journée sans contrainte.

La grotte de Cantabon : sous la terre avec les chamans

La grotte de Cantabon est l’une des aventures les plus marquantes de Siquijor, et pourtant l’une des moins connues des voyageurs francophones. On entre par un petit orifice dans la roche, casque sur la tête et gilet de sauvetage attaché, avant que la caverne ne s’ouvre sur un réseau de galeries de 600 mètres de long. Le chemin suit une rivière souterraine : on wade dans l’eau jusqu’à la taille, on se glisse dans des passages étroits, on contemple des stalactites et des formations rocheuses que la torche du guide fait briller dans l’obscurité. Comptez environ 1h30 d’exploration, sans option de rester sec.

Ce que presque aucun guide ne mentionne : c’est dans cette même grotte que se tient chaque Semaine Sainte (Pâques) le Festival of Healers, le plus grand rassemblement de guérisseurs traditionnels des Philippines. Des dizaines de mananambal venus de toute l’île et du reste de l’archipel s’y retrouvent pour des rituels ancestraux. Ce n’est pas un folklore organisé pour les touristes : c’est un événement vivant, profondément ancré dans la culture locale. Le guide est obligatoire, casque et gilet inclus dans le prix. Réserver à l’avance est conseillé en haute saison.

L’église et le couvent de Lazi : la colonie espagnole figée dans le corail

Allan Jay Quesada, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Face aux cascades de Cambugahay, à quelques minutes de scooter, se dresse l’un des ensembles architecturaux les plus impressionnants des Visayas. L’église Saint-Isidore-Labrador de Lazi, construite en 1884, a été bâtie en pierres de corail et en bois de molave, un bois dur local résistant aux termites. Ses murs, épais d’environ un mètre, ont traversé les séismes et les siècles. Les planchers d’origine craquent encore sous les pieds. En face de l’église se trouve le couvent de Lazi, commencé en 1887 et achevé en 1891 : avec ses 42 mètres sur 38, il est reconnu comme le plus grand des plus anciens couvents d’Asie. L’édifice abrite aujourd’hui le Siquijor Heritage Museum.

Une tension historique vaut la peine d’être racontée : depuis 2006, l’église est sur la liste indicative de l’UNESCO au titre des Églises baroques des Philippines. La candidature est portée, discutée, mais jamais aboutie, freinée par des questions de conservation et de volonté institutionnelle. L’état de dégradation de certaines parties du bâtiment reste un frein réel. L’entrée est gratuite, la tenue correcte est obligatoire, et l’atmosphère du lieu, surtout pendant la messe du dimanche, vaut le détour en elle-même.

Le mont Bandilaan : là où les potions sont préparées selon les étoiles

Le mont Bandilaan est le poumon vert de Siquijor : un parc naturel en altitude, couvert de forêt dense, d’où le regard embrasse une bonne partie de l’île. Mais sa vraie singularité est ailleurs. C’est ici que les chamans de Siquijor récoltent les plantes médicinales qui entrent dans la composition de leurs remèdes. Les guérisseurs utilisent jusqu’à 200 plantes différentes, cueillies selon des règles très précises : au bon endroit, au bon moment, dans le bon état d’esprit. Parmi ces règles, l’une frappe par sa précision : seule une noix de coco dont la face exposée regarde le soleil levant à l’est est jugée apte à entrer dans la composition des potions. Elle doit ensuite être purifiée au sommet du Bandilaan avant tout usage rituel.

C’est ici que s’ouvre officiellement le Festival des guérisseurs chaque Semaine Sainte. Le mont est également ponctué de petits cafés en altitude, souvent tenus par des locaux, qui offrent des vues panoramiques remarquables pour les couchers de soleil, en alternative à Paliton. Une option qui vous permettra de croiser nettement moins de monde.

Apo Island : la plongée avec les tortues marines en excursion d’une journée

Anna Varona, CC BY 4.0 , via Wikimedia Commons

Apo Island n’est pas sur Siquijor, mais s’y accède en excursion depuis l’île, à environ une heure de bateau. Ce sanctuaire marin volcanique est réputé dans tout l’archipel pour ses coraux parmi les mieux préservés des Philippines et sa colonie de tortues marines, visibles directement depuis la surface en snorkeling. La plupart des agences locales à San Juan proposent des excursions complètes entre 2 500 et 4 000 PHP par personne.

Une alternative moins connue mérite cependant d’être mentionnée : les plongées autour de San Juan permettent régulièrement d’observer 10 à 11 tortues dans la même journée, pour un coût nettement inférieur. Si le budget est un critère, ou si le trajet en bateau d’une heure vous rebute, cette option locale est loin d’être un pis-aller.

OptionCoût approximatifTortues marinesTemps de trajet
Excursion Apo Island2 500 à 4 000 PHP/pers.Très fréquentes, visibles depuis la surface~1h de bateau aller
Snorkeling / plongée San JuanNettement inférieur10 à 11 tortues observées en moyenneQuelques minutes

Tubod Marine Sanctuary : le récif corallien au bout de la plage

Si Apo Island représente l’excursion d’une journée, Tubod Marine Sanctuary est la version sans organisation : on entre dans l’eau depuis la plage de Tubod, masque sur le visage, et les coraux commencent à quelques brasses. Poissons-papillons, étoiles de mer, bénitiers géants et, si la chance est au rendez-vous, des tortues marines dans les zones plus profondes. C’est le spot de snorkeling le plus accessible de l’île, sans bateau, sans agence, sans détour. L’eau est peu courante, les fonds sont lisibles, ce qui en fait le meilleur choix pour les familles et ceux qui ne sont pas nageurs confirmés.

Un point de honnêteté s’impose : comme sur plusieurs plages de l’île, des déchets plastiques sont parfois présents sur le sable et dans l’eau. La taxe environnementale collectée à l’entrée de certaines plages n’a pas encore produit les résultats qu’on pourrait espérer sur la propreté des côtes. Ce n’est pas une raison de ne pas y aller, mais c’est une réalité à connaître.

Rencontrer un guérisseur hilot : l’expérience qu’aucun guide ne planifie pour vous

C’est la dimension de Siquijor que les concurrents francophones traitent le moins, et pourtant c’est peut-être la plus singulière. Les mananambal, guérisseurs traditionnels de l’île, perpétuent depuis des générations une médecine à base de plantes, de prières et de rituels. L’un d’eux, le bulo-bulo, se déroule ainsi : un verre d’eau fraîche, une pierre magique noire immergée dedans, un bambou creux par lequel le guérisseur souffle pour créer des bulles. L’eau se trouble progressivement, signe que l’énergie négative s’évacue du corps du patient. On répète jusqu’à ce que l’eau redevienne claire. Ces praticiens travaillent généralement sur donation, sans tarif fixe.

Les mananambal vivent dans les zones montagneuses, principalement autour de San Antonio, dans les hauteurs de l’île. Certains hébergements locaux peuvent faciliter la mise en contact. L’approche se doit d’être respectueuse : on ne vient pas pour se payer un spectacle exotique. On vient à la rencontre d’une tradition vivante, qui n’a pas besoin de notre validation pour exister, mais qui mérite notre curiosité sincère.

Infos pratiques pour visiter Siquijor

Siquijor se rejoint en ferry depuis plusieurs points de l’archipel. Les options principales sont les suivantes :

  • Depuis Dumaguete (Negros) : plusieurs départs par jour, trajet d’environ 45 minutes, tarif autour de 200 PHP en classe économique
  • Depuis Tagbilaran (Bohol) : un départ quotidien généralement à 10h20, à ne pas manquer sous peine d’attendre le lendemain
  • Depuis Cebu : traversée plus longue, environ 7 heures au total (bus + bateau)

Une fois sur l’île, le scooter est le moyen de transport qui s’impose. Les routes sont bien entretenues, peu fréquentées, et le tour complet de l’île est faisable en une journée à un rythme tranquille. La location revient à 350 à 500 PHP par jour. Les contrôles de police sont fréquents : casque et permis de conduire international sont obligatoires, sous peine d’une amende de 3 000 PHP. La meilleure période pour visiter se situe entre mars et mai, en pleine saison sèche. Si les rituels de guérison vous intriguent, la Semaine Sainte en avril est le moment idéal : le Festival des guérisseurs rassemble alors chamans et herboristes à Cantabon et au mont Bandilaan.

Siquijor ne se visite pas, elle se laisse envahir : et quand vous repartirez, vous ne serez pas tout à fait sûr d’en être vraiment sorti.

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