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Visiter Himarë : le guide complet de la Riviera albanaise

On vous a peut-être parlé d’Himarë comme d’une station balnéaire albanaise parmi d’autres, béton en vue, parasols serrés, eau turquoise vendue à prix bradé. Et si vous avez failli ne pas y aller pour cette raison, sachez que vous n’êtes pas les seuls. Pourtant, cette petite ville de la côte ionienne a quelque chose que peu de destinations méditerranéennes peuvent encore revendiquer : une vraie dualité, presque schizophrène, entre le bas-monde touristique et un vieux village perché qui donne l’impression d’avoir été oublié par le XXe siècle. Ce guide ne cherche pas à vous vendre du rêve. Il dit ce qui est beau, ce qui déçoit, et tout ce que les autres passent sous silence.

Ce qu’Himarë est vraiment et ce qu’on ne vous dit pas d’habitude

Himarë, c’est officiellement une ville de moins de 3 000 habitants permanents, coincée entre les monts Cérauniens et la mer Ionienne, à mi-chemin entre Vlora au nord et Saranda au sud. Son nom vient du grec ancien Chimaira, qui désignait une jeune chèvre ayant survécu à son premier hiver. C’est une image qui lui va bien. La population locale est officiellement bilingue albanais-grec, les menus des restaurants s’affichent souvent dans les deux langues, et les tensions entre les deux communautés restent palpables si on prend le temps d’écouter.

La ville se divise en deux espaces qui n’ont presque rien à voir. En bas, la promenade maritime, les bars à cocktails, les boutiques de souvenirs, l’animation prévisible d’une station balnéaire qui monte en puissance. En haut, le Kastro, perché à environ 240 mètres d’altitude, avec ses ruelles pavées désertes l’après-midi en été, ses maisons en pierre aux bougainvilliers fous, et ce silence pesant qui tranche avec le bruit de la côte. Himarë n’est pas un village préservé du tourisme. Ce n’est pas non plus une ville vendue à la construction frénétique. Elle est entre les deux, encore indécise, et c’est précisément là que réside son intérêt.

Le château d’Himarë et le vieux village (Kastro) : 3 500 ans d’histoire en ruine

L’histoire du Kastro ne commence pas avec une plaque commémorative, elle se lit dans les pierres elles-mêmes. Les premières fortifications remontent au VIIIe siècle avant J.-C., construites par les Chaoniens, une tribu épirote d’origine grecque qui contrôlait la route côtière reliant Orikum à Butrint. L’empereur Justinien a renforcé les remparts au VIe siècle pour résister aux incursions ottomanes, et le site a servi de bastion chrétien orthodoxe bien après. Au VIIIe siècle après J.-C., il est même devenu le siège de l’évêché d’Himarë. Puis, peu à peu, à partir du XVIe siècle, les habitants ont commencé à descendre vers la plaine, attirés par un accès plus facile aux ressources. Le Kastro s’est vidé. Lentement.

© Steffen Schmitz (Carschten) / Wikimedia Commons

Ce qui reste vaut le détour, même partiellement en ruine. L’église de la Toussaint, construite en 1775 à l’entrée du village, mérite une attention particulière : elle a été bâtie pour centraliser les cultes, parce que chaque famille possédait jusque-là sa propre chapelle, soit pas moins de 150 lieux de culte à l’intérieur des murs. L’église de la Panagia Kassopitra, datant du XVIe siècle, conserve des fresques de l’époque et doit son nom à une icône miraculeuse rapportée de Corfou après la destruction de l’église originale par les Ottomans en 1537. Quant à l’église Saint-Serge-et-Bacchus, elle aurait été construite sur les fondations d’un ancien temple dédié à Apollon. L’entrée du site coûte 5 euros, en espèces uniquement. Prévoyez de l’eau et montez de préférence le matin.

Les plages autour d’Himarë : lesquelles valent vraiment le détour

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La côte autour d’Himarë offre une variété de plages qui dépasse largement ce qu’on imagine depuis la promenade centrale. Tout dépend de ce que vous recherchez : facilité d’accès, solitude, beauté brute ou simple baignade en famille. Voici les principales, classées selon l’effort qu’elles demandent.

  • Spile et Potami : accessibles à pied depuis le centre-ville, animées, idéales pour une baignade rapide sans se compliquer la vie.
  • Livadhi : la plus connue, longue plage mixte sable et galets au nord du centre, entourée de falaises et de pins. Belle, mais fréquentée.
  • Llamani : galets blancs, eau d’une clarté remarquable, nettement moins de monde. Un vrai contraste avec les plages centrales.
  • Gjipe : crique isolée accessible après 30 minutes de marche ou par bateau. L’une des plus belles de toute la Riviera albanaise, sans discussion.
  • Gjiri i Akuariumit : quasi-secrète, accessible uniquement par bateau. Réservez une sortie depuis le port d’Himarë.

Un avertissement honnête : en juillet et août, les plages proches du centre sont envahies de transats, de musique trop forte et de voitures garées n’importe comment. Si la tranquillité compte pour vous, partez tôt le matin ou misez sur les criques plus éloignées.

Porto Palermo : la forteresse ottomane qui cache un secret de la Guerre froide

Pasztilla aka Attila Terbócs, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

À une quinzaine de minutes au sud d’Himarë en voiture ou en taxi, la baie de Porto Palermo est l’un de ces endroits qui vous coupe le souffle avant même d’avoir mis pied à terre. Le château, construit au XIXe siècle par Ali Pacha de Tepelena sur une péninsule rocheuse, offre une vue circulaire sur une des plus belles baies protégées de la côte. Mais ce que les guides francophones mentionnent rarement, c’est la couche d’histoire qui se cache derrière la beauté du paysage.

Sous le régime du dictateur Enver Hoxha, la baie de Porto Palermo a abrité une base navale secrète avec des tunnels anti-atomiques creusés directement dans la roche, construits entre 1969 et 1988. Prévus initialement pour accueillir des torpilleurs chinois qui ne sont jamais arrivés (Hoxha s’étant brouillé avec Pékin en 1978), ces tunnels ont ensuite servi à abriter des sous-marins et des vedettes rapides. Le tunnel principal dépasse 650 mètres de longueur, avec une voie ferrée interne pour la logistique et des portes en béton armé résistant aux explosions. La base est aujourd’hui désaffectée, encore partiellement en zone militaire, et certaines parties restent accessibles lors de visites. Une étoile rouge sur un mur délabré, le bruit des vagues dans les galeries sombres : l’atmosphère y est franchement saisissante.

Quoi manger à Himarë : la cuisine à l’intersection de deux cultures

byrek

La gastronomie d’Himarë est le reflet direct de son histoire : albanaise et grecque, entremêlées depuis des siècles, sans que l’une ait vraiment absorbé l’autre. Le byrek, feuilleté croustillant au fromage ou aux épinards, se mange chaud pour moins de 2 euros dans les boulangeries locales, notamment la Pasticeri Himara ou la Bakery Marachino, ouvertes dès le matin. C’est le petit-déjeuner des habitants, et c’est délicieux. Le tavë kosi, agneau cuit au four dans un yaourt légèrement acidulé, est plus élaboré et se commande dans les tavernes. La fërgesë, préparation de légumes, poivrons et fromage fondu, ressemble à une ratatouille dense avec du caractère en plus.

Pour les fruits de mer, la Lefteri’s Tavern figure parmi les adresses les plus anciennes de la ville. Les poissons arrivent du jour même et les prix restent raisonnables : comptez entre 8 et 15 euros pour un repas complet avec boisson. C’est plus cher que dans le reste de l’Albanie, mais largement inférieur à ce que vous paierez en Grèce pour une qualité équivalente.

Les villages perchés aux alentours : Dhermi, Vuno et Pilur

Dhermi

Dhermi mérite à lui seul une demi-journée. Ce village à prédominance grecque, comme Himarë, possède des maisons en pierre blanche, un monastère Sainte-Marie datant du XIIIe siècle, et une plage réputée pour son animation estivale, notamment lors du Kala Festival en juin, qui attire chaque année des milliers de personnes venues de toute l’Europe. L’ambiance y est radicalement différente de celle d’Himarë : plus festive, plus jeune, plus internationale. Vuno, quelques kilomètres plus au nord, est à l’opposé total : un village minuscule, silencieux, qui surplombe la mer comme un belvédère naturel. Pilur, surnommé le « balcon de la côte », offre une vue panoramique sur toute la Riviera qu’on cherche souvent en vain depuis le bord de mer.

Ces trois villages sont idéalement accessibles en voiture de location. Aucun trottoir, peu de bus, et des routes de montagne qui s’empruntent mieux avec ses propres horaires. Compter une vingtaine de minutes depuis Himarë pour Dhermi, un peu moins pour Vuno.

Le parc national de Llogara : quand la montagne tombe dans la mer

Karelj, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

À environ une heure au nord d’Himarë, le parc national de Llogara est l’un des passages les plus spectaculaires de la Riviera albanaise. La route monte jusqu’au col de Llogara, à près de 1 000 mètres d’altitude, à travers une forêt dense de pins noirs qui couvre plus de 1 000 hectares. Puis elle bascule d’un coup. En quelques virages, le paysage presque alpin laisse place à une vue plongeante sur toute la côte ionienne. Par temps clair, l’île de Corfou se devine à l’horizon, côté grec.

Llogara n’est pas une simple étape sur la route. C’est un endroit où le contraste entre montagne et mer est si violent qu’il mérite qu’on s’y attarde. Des sentiers de randonnée partent depuis le col, accessibles à tous niveaux. Quelques restaurants de montagne proposent des grillades en bordure de route. On recommande la montée en fin de journée, avec le soleil qui descend sur la mer, si vous dormez à Himarë le soir même.

Quand partir et combien de temps rester à Himarë

Notre recommandation est claire : mai-juin ou septembre-octobre. La mer est déjà chaude dès la mi-juin, les prix sont 20 à 30% inférieurs à ceux de l’été, et les plages retrouvent une vraie respiration. En juillet-août, Himarë est bondée, les hébergements corrects partent vite et les plages centrales perdent leur charme. Si vous voulez de l’authenticité, évitez août. Pour la durée du séjour, voici ce que nous suggérons selon votre rythme.

PériodeAvantagesInconvénients
Mai – JuinPeu de monde, prix bas, mer chauffée dès juin, tout est ouvertEau encore fraîche début mai
Juillet – AoûtAmbiance maximale, animations, Kala Festival à Dhermi en juinFoule, prix élevés, plages saturées en août
Septembre – OctobreMer chaude, lumière dorée, moins de touristes, prix raisonnablesCertains établissements ferment mi-octobre

Prévoyez 2 nuits minimum pour voir le Kastro et les plages proches. Si vous voulez rayonner vers Porto Palermo, Llogara et les villages perchés, comptez 4 à 5 jours. Ce n’est pas beaucoup, mais les jours passent vite ici.

Comment arriver et se déplacer : les infos concrètes

L’option la plus directe depuis la France reste le vol Paris-Tirana, environ 2h40 sans escale, opéré depuis Roissy, Lyon, Nice ou Mulhouse. Depuis Tirana, il faut ensuite compter 4 heures de route jusqu’à Himarë, en bus ou en voiture de location. Une alternative moins connue : voler jusqu’à Corfou, puis traverser en ferry vers l’Albanie. La traversée est courte et le gain de temps peut être réel selon votre point de départ. Depuis Saranda, bus locaux et taxis rallient Himarë en environ une heure. Depuis Vlora, comptez deux heures en bus.

Sur place, le centre-ville se fait à pied sans problème. Pour les plages éloignées et les villages, louez une voiture. C’est le conseil le plus utile qu’on puisse vous donner. La liberté de s’arrêter sur une crête pour regarder la mer, de descendre vers une crique au fond d’un chemin de terre, change radicalement le séjour. Les routes de montagne autour de Llogara et des villages perchés sont sinueuses, parfois étroites : conduisez prudemment, surtout à la descente.

Où dormir à Himarë : des auberges aux boutique-hôtels

L’offre d’hébergement s’est nettement étoffée ces dernières années. Les voyageurs au budget serré trouveront des auberges à partir de 13 dollars la nuit, dont le Hostel on the Hill côté Filikuri Beach, avec une bonne ambiance routard. Pour un confort supérieur, les boutique-hôtels comme le Geo & Art Boutique ou le Rea Boutique Hotel proposent des chambres entre 46 et 160 euros la nuit en été, avec une vraie qualité de service. Les appartements en location restent la meilleure option pour les familles : certains incluent un accès direct à la plage et une cuisine équipée. Dans tous les cas, réservez à l’avance pour juillet-août. Les adresses bien placées s’arrachent des mois à l’avance. Les prix restent globalement 30 à 50% inférieurs à ceux pratiqués en Grèce pour une prestation équivalente.

Ce que personne ne vous dit sur Himarë avant d’y aller

La question de la minorité grecque est omniprésente sans jamais être dite franchement. La mairie d’Himarë est l’objet de tensions politiques récurrentes entre la communauté albanaise et la communauté grecque, et les élections locales y sont suivies avec une attention que peu de villes de cette taille connaissent. Les panneaux sont bilingues, les tavernes portent des noms grecs, et certains habitants refusent de répondre en albanais. Ce n’est pas un problème pour le voyageur, mais c’est une réalité qu’il vaut mieux comprendre qu’ignorer.

Côté pratique, sachez que certaines plages sont totalement inaccessibles sans voiture et que Google Maps ne le signale pas toujours clairement. Le Kastro est en grande partie en ruine : ne vous attendez pas à un site archéologique parfaitement balisé. C’est justement l’absence de mise en scène qui en fait la beauté. En haute saison (août 2025), des avis récents signalent des poubelles débordantes sur la promenade : ce n’est pas rédhibitoire, mais c’est vrai. Et enfin, si vous entrez dans le Kastro sans eau par une chaleur de 35 degrés, vous le regretterez assez rapidement.

Himarë ne ressemble à rien parce qu’elle est encore en train de décider ce qu’elle veut devenir, et c’est exactement pour ça qu’il faut y aller maintenant.

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