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Que faire à Durrës ? Les activités incontournables

Des ruines romaines coincées entre des immeubles de béton, la mer Adriatique à portée de main, et une ville qui ne cherche pas à séduire à tout prix. Durrës, deuxième ville d’Albanie, est ce genre de destination qui surprend ceux qui s’y attardent vraiment. Ce n’est ni la plus belle plage du pays, ni la plus impressionnante cité historique, mais c’est peut-être la plus sincère. Si vous savez où poser les yeux, cette ville de 2 700 ans d’histoire vous laisse une empreinte durable.

L’amphithéâtre romain : le plus grand des Balkans en plein cœur de la ville

Pudelek, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Il faut d’abord accepter le décor. L’amphithéâtre de Durrës est cerné de maisons, de fils électriques et de murs ocre. Pas de parc paysager, pas de mise en scène touristique. Et pourtant, une fois qu’on pénètre dans l’enceinte, le souffle se coupe. Construit sous le règne de l’empereur Trajan au IIe siècle après J.-C., cet édifice pouvait accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs, ce qui en fait le plus grand amphithéâtre romain jamais bâti dans les Balkans. Il a fallu attendre 1966 pour qu’on le redécouvre par hasard, un figuier s’étant enfoncé dans le sol lors de travaux urbains.

Ce qui rend ce site vraiment singulier, c’est la chapelle paléochrétienne nichée dans ses galeries souterraines. Construite au IVe siècle, après l’interdiction des combats de gladiateurs, elle est ornée de mosaïques byzantines d’une finesse rare. La plupart des visiteurs passent devant sans s’y arrêter. Ne faites pas cette erreur. Comptez environ 45 minutes pour explorer les tunnels et les gradins. Les horaires varient selon la saison : en été (avril-octobre), le site est ouvert tous les jours de 9h à 20h ; en hiver (novembre-mars), de 9h à 16h. L’entrée coûte 300 LEK par adulte, soit moins de 3 euros.

Soyons honnêtes : ce n’est pas le Colisée, et les dégradations sont visibles. Les mosaïques se détériorent lentement, faute de conservation suffisante. L’amphithéâtre figure pourtant sur la liste indicative de l’UNESCO depuis 1996. Ce contraste entre l’importance historique du site et le peu d’entretien qu’il reçoit est, en lui-même, révélateur de l’Albanie contemporaine.

La villa royale du Roi Zog : un palais à la splendeur évanouie

Sindela rapi, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Perchée à 98 mètres au-dessus de la mer Adriatique, la Villa Royale de Durrës domine la baie depuis la colline de Kodër Vilë. On la voit de loin, avec ses lignes de style rationaliste italien, sa silhouette pyramidale qui monte vers une tour centrale. Achevée en 1937 pour le roi Zog Ier, elle ne lui a servi de résidence qu’une seule année : en avril 1939, l’Albanie était envahie par l’Italie mussolinienne et la famille royale prenait le chemin de l’exil. Elle n’est jamais revenue.

Après la guerre, la villa est devenue résidence d’État sous le régime communiste d’Enver Hoxha, accueillant des invités aussi inattendus que Nikita Khrouchtchev et Jimmy Carter. Pillée lors des troubles civils de 1997, elle a été restituée à la famille royale en 2007 mais n’a jamais rouvert. En juin 2025, un entrepreneur albanais a annoncé un projet de restauration avec des spécialistes italiens et français, pour une réouverture touristique envisagée dans les cinq prochaines années. En attendant, la villa reste fermée au public, mais accessible visuellement depuis les rues adjacentes et depuis le bas de la colline. La vue sur la baie, depuis les abords, vaut à elle seule la montée à pied.

C’est l’un de ces lieux où l’histoire pèse. La royauté albanaise, onze années seulement, la dictature, le pillage, l’abandon. Tout ça dans un seul bâtiment qui regarde la mer depuis presque un siècle.

La Tour vénitienne et le forum byzantin : 25 siècles d’histoire en 500 mètres

Gertjan R., CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

La vieille ville de Durrës se parcourt à pied en moins d’une heure. C’est un des plaisirs de cette cité : les strates historiques se superposent à l’échelle humaine, sans effort. Au bout du boulevard Epidamni, la Tour vénitienne (XVe siècle) abrite aujourd’hui un espace muséographique interactif équipé de casques de réalité virtuelle pour plonger dans l’histoire de la ville. Un bon moyen de contextualiser tout ce qu’on vient de voir ou va voir. À deux pas, les vestiges du forum byzantin du Ve siècle restent visibles depuis l’extérieur d’une clôture : de grandes colonnes de marbre surgissent entre les constructions modernes, comme si la ville avait poussé autour d’eux en les ignorant.

Un peu plus loin se trouve la Grande Mosquée (Xhamia e Madhe), commandée par le Roi Zog en 1931, détruite par Hoxha en 1967 lors de la proclamation de l’Albanie en premier État athée du monde, puis reconstruite et rouverte en 1993. Elle occupe la place Illyria, la place centrale de la ville. Son histoire résume à elle seule la trajectoire du pays. Voici un récapitulatif pratique de ces trois sites :

SiteÉpoqueDurée conseilléeAccès
Tour vénitienneXVe siècle20 à 30 minPayant (entrée modique)
Forum byzantinVe siècle10 minGratuit (extérieur)
Grande Mosquée1931, reconstruite 199315 minGratuit (lieu de culte actif)

Le musée archéologique : fermé pour travaux, mais pas encore mort

Adert, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Le Musée archéologique de Durrës est le plus grand d’Albanie. Inauguré en 1951 et agrandi en bord de mer, il abrite plus de 3 000 artefacts couvrant l’Illyrie, la Grèce antique, Rome et Byzance. Sa pièce maîtresse reste la mosaïque dite de « La Beauté de Durrës » ainsi qu’une collection rare de bustes miniatures de Vénus, déesse tutélaire de la ville dans l’Antiquité. Problème : le musée est fermé au public depuis le séisme de novembre 2019, qui a causé de sérieux dommages aux bâtiments côtiers de la ville. Il est actuellement en rénovation dans le cadre du programme européen EU4Culture, avec une réouverture attendue courant 2026.

Ce n’est pas une raison de l’ignorer. Le lapidarium extérieur, visible depuis la promenade Taulantia, expose à l’air libre plusieurs sarcophages romains et fragments sculptés. C’est une façon un peu brute, presque accidentelle, de côtoyer des pièces majeures. Avant de partir, vérifiez l’état d’ouverture du musée sur sa page Facebook officielle (« Muzeu Arkeologjik i Durrësit ») : une réouverture partielle avant votre visite est tout à fait envisageable.

La plage de Durrës et la promenade Taulantia : entre mythe communiste et réalité balnéaire

Karelj, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Sous le régime d’Enver Hoxha, chaque citoyen albanais avait droit à 15 jours de congés par an, et Durrës Beach était le seul vrai horizon de vacances du pays. La plage accueillait alors des hôtels d’État, des restaurants collectifs et même un cirque pour les enfants. Ce passé explique la nostalgie particulière que les Albanais projettent encore sur cette côte. Chaque été, la diaspora du monde entier revient ici, à Durrës, comme on revient à un souvenir d’enfance.

La plage elle-même s’étend sur plus de 10 kilomètres le long de la baie Adriatique. Soyons directs : ce n’est pas la plus belle plage d’Albanie. Cette distinction revient aux criques du Sud, du côté de Ksamil. Mais Durrës a une énergie propre, un mélange de familles locales, de musique, de parasols serrés et de vendeurs de maïs grillé. La promenade Taulantia longe le front de mer depuis le port jusqu’aux plages. C’est là que se pratique le xhiro, cette tradition albanaise de la balade quotidienne en fin d’après-midi, où tout le monde descend dans la rue, sans but précis, juste pour voir et être vu. Rejoignez-les au coucher du soleil. Pour ceux qui cherchent plus de calme, les plages de Currila et de Lalezi Bay offrent une alternative moins fréquentée à quelques kilomètres au nord.

La winery Abaia et les vignobles de la région : une œnologie cachée dans un bunker

Voilà une activité que presque aucun article francophone ne mentionne, et c’est une erreur. L’Abaia Winery est une cave viticole installée dans deux bunkers de l’époque communiste reconvertis en chais de vinification et de vieillissement. Il faut rappeler le contexte : Hoxha a fait construire environ 175 000 bunkers sur l’ensemble du territoire albanais entre les années 1950 et 1980, soit un bunker pour quatre habitants. Certains ont été rasés, d’autres transformés en cafés, en dépôts, ou, comme ici, en caves à vin. Le résultat est saisissant : des galeries fraîches et sombres où reposent des bouteilles de shesh i bardhë (blanc) et de shesh i zi (rouge), deux cépages autochtones albanais cultivés dans les vignes qui entourent le domaine.

La visite guidée dure environ deux heures et inclut un tour du vignoble, la découverte des bunkers, une dégustation de trois vins et deux types de raki (dont un raki vieilli), accompagnée d’un repas albanais traditionnel. L’ambiance est familiale, le cadre entre les vignes et les oliviers est vraiment beau, et l’accueil chaleureux. Les avis sont unanimement enthousiastes. Une réservation préalable est indispensable, idéalement 48 heures à l’avance. Le domaine se trouve sur la route d’Arapaj, à quelques kilomètres du centre. Un taxi depuis Durrës revient à environ 10 à 15 euros l’aller.

Les excursions incontournables depuis Durrës : le cap Rodon, Krujë et Tirana

cap Rodon

L’atout géographique de Durrës, c’est sa position centrale. En moins d’une heure de route, on accède à trois destinations très différentes. Pour en profiter pleinement, la voiture de location reste la meilleure option : les transports en commun couvrent mal ces itinéraires, et certains sites sont simplement inaccessibles sans véhicule.

Voici les trois excursions à ne pas manquer depuis Durrës :

  • Le cap Rodon (45 km au nord) : une réserve naturelle sauvage avec une plage isolée et les ruines du château de Skanderbeg face à la mer. Inaccessible sans voiture. Prévoir de l’eau et des chaussures de marche. Le paysage, entre pinède et falaises Adriatiques, est parmi les plus beaux de la région.
  • Krujë (35 km, environ 40 min) : perchée à 600 mètres d’altitude, c’est la capitale symbolique de la résistance albanaise au XVe siècle. Le musée Skanderbeg dans la forteresse, le bazar ottoman pavé et les échoppes d’artisanat en font une demi-journée dense et très parlante pour comprendre l’identité albanaise.
  • Tirana (30 km, 30 à 40 min) : la capitale est inévitable si vous restez plusieurs jours dans la région. À aborder comme un contraste plutôt que comme une obligation : ville bruyante, colorée, en chantier permanent, qui dit beaucoup sur l’Albanie d’aujourd’hui.

Manger à Durrës : les saveurs qu’on ne trouve pas dans les guides

tave kosi

La cuisine de Durrës est une cuisine de port : du poisson frais, préparé simplement, avec de l’huile d’olive et du citron. Les pêcheurs apportent leurs prises le matin, les restaurants les proposent à midi. C’est aussi simple que ça. Les plats à connaître : le qoftë (boulettes de viande épicée grillée), le byrek (feuilleté à la viande ou au fromage blanc), le tave kosi (agneau cuit au yaourt, une recette albanaise fondamentale). Et pour le petit-déjeuner, le café albanais, très serré, bu debout au comptoir, est un rituel social autant qu’une boisson.

Un conseil pratique : évitez les restaurants directement sur la promenade Taulantia en juillet-août. Ils sont souvent surchargés et les prix grimpent. Les meilleures adresses se nichent dans les rues perpendiculaires, à quelques minutes à pied. Pour une immersion plus complète, des visites gastronomiques guidées des marchés locaux sont proposées par plusieurs agences de la ville. Elles permettent de comprendre la cuisine albanaise à travers ses ingrédients, ses producteurs et ses habitudes d’achat, bien au-delà de ce qu’on lit dans les guides classiques.

Quand partir et comment s’organiser : ce que personne ne vous dit vraiment

L’été à Durrës, c’est bruyant, bondé et plus cher qu’ailleurs dans le pays. Mais c’est aussi là que la ville est la plus vivante. La diaspora albanaise rentre du monde entier, les plages bruissent jusqu’à tard dans la nuit, et l’ambiance est unique. Si vous venez pour ça, juillet et août sont votre saison. Si vous venez pour l’histoire et les sites archéologiques, visez septembre : les plages se vident, l’eau reste chaude (autour de 24°C), et les prix redescendent. Le printemps (avril-juin) est idéal pour visiter l’amphithéâtre presque seul, avec une lumière douce et des températures entre 18 et 25°C.

Quelques points pratiques à retenir avant de partir :

  • Aéroport : Durrës n’a pas d’aéroport. Le plus proche est l’aéroport international de Tirana (Rinas), à environ 30 minutes en voiture. Des vols directs existent depuis Paris, Lyon, Nice et Mulhouse.
  • Ferry : Durrës est accessible par bateau depuis Bari, Ancône et Trieste. Une option originale pour rejoindre l’Albanie depuis l’Italie.
  • Transports locaux : des bus orange circulent en ville, et les taxis sont nombreux. Pour les excursions, une voiture de location est indispensable.
  • Durée de séjour : prévoir 2 à 3 jours pour ne pas survoler. Un week-end prolongé suffit si on articule bien les visites et une excursion.
  • Budget : l’Albanie reste l’un des pays les moins chers d’Europe. Un repas dans un bon restaurant dépasse rarement 15 euros par personne, hors saison estivale.

Durrës ne cherche pas à plaire. Et c’est exactement pour ça qu’on finit par l’aimer.

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