Anse de Maldorme à Marseille : Guide complet de cette calanque urbaine d'exception

Anse de Maldorme à Marseille : Guide complet de cette calanque urbaine d’exception

Vous connaissez cette sensation étrange quand vous descendez un escalier entre deux murs, sans savoir exactement où vous mettez les pieds, et que soudain l’horizon s’ouvre sur une crique miniature aux eaux transparentes ? C’est exactement ce qui se passe à l’Anse de Maldorme. Un instant vous êtes sur la Corniche Kennedy, avec les voitures qui filent, et trente secondes plus tard vous avez basculé dans un ailleurs presque insulaire. La Villa Petite Ourse, cette bâtisse jaune qui domine la scène comme une sentinelle du début du XXe siècle, marque l’entrée dans un monde à part. Nous parlons ici d’un lieu qui refuse de se laisser deviner depuis la route, d’une calanque urbaine qui s’est construite dans les interstices de la ville sans jamais vraiment lui appartenir. Et justement, cette tension entre ville et nature, entre mémoire et transformation, traverse aujourd’hui chaque pierre de cette anse en pleine métamorphose.

Une crique coincée entre deux époques : l’histoire mouvementée de Maldormé

L’histoire de Maldorme, c’est d’abord celle d’une anse de pêcheurs transformée au fil du temps en village de cabanons les pieds dans l’eau. Une douzaine de maisonnettes, certaines datant du début du XIXe siècle, s’étaient installées sur le domaine public maritime grâce à des autorisations d’occupation temporaires renouvelées année après année. Parmi ces constructions : le cabanon de la famille de Michel Sardou, dont les grands-parents paternels étaient comiques de scène à Marseille, ou encore celui de la mère de l’ex-députée Sylvie Andrieux. Ces lieux portaient en eux toute une mémoire marseillaise, une façon de vivre le littoral qui remontait à plusieurs générations.

Puis vint 1986 et le dernier volet de la loi littoral, qui visait à encadrer l’aménagement des côtes et à garantir leur mise en valeur. Le site, classé depuis 1925 pour son aspect paysager remarquable, se retrouvait en contradiction frontale avec cette législation. L’État décida de ne pas renouveler les titres d’occupation et entama dès 2008 un vaste chantier de démolition. Trois cabanons disparurent en 2016, dont le fameux Kesaco. Les deux derniers, les propriétés Boutboul et Pini, furent rasés entre juin 2023 et février 2024. Sylvie Andrieux fit démolir celui de sa mère à ses frais.

Aujourd’hui, nous assistons à une phase de renaturation qui divise. D’un côté, la volonté de rendre au littoral son aspect naturel et de le rendre accessible à tous. De l’autre, le sentiment d’une mémoire effacée, d’une authenticitémarseillaise sacrifiée sur l’autel de la conformité administrative. Entre février et mars 2025, des travaux de confortement du mur historique ont été menés, accompagnés de la démolition d’une dalle en béton sous-cavée positionnée sous un bloc rocheux instable. En octobre 2025, quatre autres dalles de fondations ont été détruites. Ce qu’on perd ? Un certain charme de l’ancien temps. Ce qu’on gagne ? Un espace plus sûr, moins bétonné, mais aussi plus anonyme. La finalisation du projet est annoncée pour 2026, avec le décroûtage et le rejointoiement du mur historique. Reste à savoir si cette renaturation redonnera vraiment une âme au lieu.

Où se trouve exactement l’Anse de Maldormé (et pourquoi vous risquez de passer à côté)

L’Anse de Maldorme se niche dans le 7e arrondissement de Marseille, sur la presqu’île de Malmousque, coincée entre le Vallon des Auffes et la calanque de Malmousque. Plus précisément, elle se situe au niveau de la Corniche Président John Fitzgerald Kennedy, en contrebas de la Villa Valmer et juste à côté de l’hôtel étoilé Le Petit Nice Passedat. Mais voilà le problème : depuis la Corniche, vous ne la verrez pas. Elle refuse de se montrer d’en haut, cachée derrière des murs et des constructions qui ne laissent rien deviner de sa présence.

C’est cette invisibilité qui fait tout son charme et qui la transforme en spot réservé aux initiés. Vous pouvez passer cent fois devant sans jamais soupçonner qu’une crique se terre juste là, à quelques mètres sous vos pieds. Les repères visuels ? La Villa Petite Ourse jaune, l’ancien restaurant café Buffet, qui domine l’anse de sa prestance début XXe siècle. L’hôtel Le Petit Nice, temple de la gastronomie marseillaise. Et surtout, cet escalier discret qui se faufile entre deux murets sur la Traverse de la Cascade, comme une porte dérobée vers un monde parallèle.

Point de départ Distance approximative Temps de trajet
Plage des Catalans 1,5 km 20 minutes à pied
Vieux-Port 3,5 km 15 minutes en bus
Vallon des Auffes 500 m 7 minutes à pied

Comment y accéder sans se perdre (modes de transport et astuces locales)

Soyons francs : accéder à l’Anse de Maldorme demande un minimum de débrouillardise. Ce n’est pas une plage avec un grand panneau indicateur et un parking de cent places. C’est justement ce qui fait son caractère, mais autant savoir dans quoi vous mettez les pieds.

Le plus simple reste les transports en commun. Prenez le bus 83 ou 583 et descendez à l’arrêt Fausse Monnaie sur la Corniche Kennedy. De là, empruntez la Traverse de la Cascade et cherchez l’escalier qui descend vers la mer. Il se cache entre des murets, souvent dans l’ombre, alors ouvrez l’œil. Une fois repéré, comptez deux minutes de descente, parfois glissante si les marches sont mouillées.

Vous préférez marcher ? Depuis la plage des Catalans, longez la Corniche Kennedy en direction de l’est. L’itinéraire est magnifique, vous passez par le Vallon des Auffes avec ses pointus colorés, et en vingt minutes vous êtes à Maldorme. C’est notre option favorite : vous profitez du spectacle de la côte et vous arrivez déjà dans l’ambiance.

En voiture, maintenant, voilà où ça se complique. Le stationnement dans le secteur relève du parcours du combattant. Vous pouvez tenter votre chance sur la Traverse de la Cascade, mais les places sont rares et convoitées. Autre option : le parking de la Légion étrangère, un peu plus loin, et vous finissez à pied. Notre conseil d’habitué ? Oubliez la voiture en plein été. Vraiment. Venez en bus ou à vélo, vous vous épargnerez vingt minutes de tours en rond et une bonne dose de frustration. Et si vous insistez, arrivez avant 9h du matin, c’est votre seule chance.

Ce qui vous attend vraiment en bas des escaliers

Une fois en bas, vous découvrez une petite plage de galets lovée entre des rochers blancs. L’anse mesure à peine quelques dizaines de mètres de large. Au centre, des dalles en béton, vestiges des anciens cabanons, certaines en cours de démolition, d’autres déjà disparues. Une échelle métallique permet d’accéder à l’eau depuis les rochers. La Villa Petite Ourse, avec sa façade jaune caractéristique, vous regarde depuis sa position dominante, témoin d’une époque où l’architecture balnéaire rivalisait d’élégance.

La qualité de l’eau ? Exceptionnelle. Claire, transparente, d’un bleu qui vire au turquoise selon la lumière. La profondeur augmente vite une fois que vous avez passé les premiers mètres. Mais ne vous attendez pas à une plage familiale avec du sable fin et des surveillants. C’est rocheux, parfois glissant, et ça se remplit très vite en été. Quand une trentaine de personnes occupent l’anse, elle paraît bondée. Voilà la réalité : Maldorme est petite, sauvage, et c’est justement ce qui la rend précieuse aux yeux de ceux qui la connaissent.

Un secret supplémentaire : en contrebas, encore plus discrète, se cache la crique de la Batterie des Lions. Accessible pour les plus aventureux, elle offre une tranquillité encore supérieure. Mais attention, le passage demande de l’agilité et n’est pas recommandé si vous n’êtes pas à l’aise sur les rochers.

Baignade et activités : ce qu’on peut (vraiment) faire à Maldormé

L’Anse de Maldorme, c’est d’abord un spot de baignade. Pas de surveillance, pas de bouées délimitant une zone protégée. Vous vous jetez à l’eau à vos risques, avec le bon sens comme seul garde-fou. Les rochers peuvent être glissants, surtout ceux couverts d’algues, alors les chaussures d’eau ne sont pas un luxe mais une nécessité. L’échelle métallique facilite l’entrée et la sortie, mais attention aux jours de forte affluence où une file d’attente peut se former.

Le snorkeling vaut vraiment le coup. La clarté de l’eau permet d’observer les fonds rocheux, les poissons qui naviguent entre les rochers, parfois une étoile de mer ou un oursin. Les amateurs de plongée en apnée apprécient la profondeur qui augmente rapidement. Certains téméraires se lancent dans des sauts depuis les rochers, mais mieux vaut connaître les fonds et les courants avant de s’y risquer.

Le farniente constitue l’activité principale. Vous posez votre serviette sur une dalle ou un rocher plat, vous sortez votre livre, et vous profitez. L’anse est abritée du mistral, ce qui en fait un refuge les jours où d’autres plages marseillaises sont balayées par le vent. L’ambiance y est particulière : un mélange de locaux qui se connaissent depuis des années et de visiteurs qui ont fait l’effort de descendre l’escalier.

Maintenant, soyons clairs sur les limites : Maldorme n’est pas adaptée aux familles avec de très jeunes enfants. Pas de sable pour construire des châteaux, pas d’espace sécurisé pour barboter. Les rochers glissants et l’absence de surveillance demandent une vigilance constante. C’est un spot pour nageurs confirmés, pour ceux qui cherchent l’authenticité plutôt que le confort.

Saison Température de l’eau Conditions
Printemps (avril-mai) 15-18°C Fraîche, réservée aux courageux
Été (juin-août) 22-25°C Idéale, forte affluence
Automne (septembre-octobre) 20-22°C Agréable, fréquentation moindre
Hiver (novembre-mars) 13-15°C Froide, baignade pour habitués

Les bons réflexes avant de descendre (et ce que personne ne vous dit)

Premier conseil, celui qui change tout : venez tôt en été. Vraiment tôt. Avant 9h si vous voulez avoir de la place et profiter du calme. Après 11h en juillet-août, l’anse est saturée et vous regretterez d’avoir descendu l’escalier pour rien. Les habitués le savent et appliquent cette règle sans dérogation.

Prévoyez tout votre équipement avant de descendre. Il n’y a rien sur place. Rien. Pas de buvette, pas de vendeur de glaces, pas de location de parasols. Vous devez emporter vos serviettes, votre parasol si vous craignez le soleil, votre eau en quantité suffisante, votre nourriture. Et vous redescendrez tout ça en remontant l’escalier, alors pensez-y avant de charger comme une mule.

Les chaussures d’eau ne sont pas une option, nous insistons. Les galets, les rochers couverts d’algues, les oursins occasionnels rendent la baignade pieds nus désagréable voire dangereuse. Les tongs sont à proscrire absolument sur les escaliers mouillés. Nous avons vu trop de gens déraper, se rattraper de justesse, passer à deux doigts de la chute sérieuse. Baskets légères ou chaussures aquatiques, c’est le minimum syndical.

Autre réalité qu’on préfère vous dire maintenant : pas de douche, pas de toilettes. Vous repartirez avec le sel sur la peau. Certains remontent se rincer au Vallon des Auffes où une douche publique existe, mais comptez dix minutes de marche supplémentaires.

Depuis avril 2025, un arrêté préfectoral interdit l’accès à certaines dalles pour raisons de sécurité. Ces structures vétustes présentent des risques de sous-cavement. L’interdiction est matérialisée, mais en plein été 2025, de nombreux baigneurs ont ignoré la restriction. Les travaux de démolition lancés en octobre 2025 visent justement à sécuriser définitivement le site. Respectez les périmètres interdits, ce n’est pas de la bureaucratie pour rien.

Dernier point concernant la qualité de l’eau : elle est contrôlée et généralement excellente. Mais comme partout sur la côte marseillaise, évitez de vous baigner dans les 48 heures qui suivent un orage important. Les ruissellements peuvent temporairement dégrader la qualité de l’eau.

L’atmosphère si particulière de Maldormé (et pourquoi les Marseillais y tiennent tant)

Il y a des lieux qui ne s’expliquent pas vraiment, qui se ressentent. Maldorme fait partie de ceux-là. Vous êtes à quelques centaines de mètres de la Corniche, vous entendez encore vaguement la circulation, et pourtant vous basculez dans une ambiance presque insulaire en pleine ville. C’est ce contraste qui frappe d’abord : la proximité immédiate de l’urbain et cette impression d’être sur une île lointaine, coupée du monde.

L’anse attire un mélange de générations qui se croisent sans vraiment se mélanger. Les anciens Marseillais qui viennent depuis des décennies, qui ont connu les cabanons et qui regardent aujourd’hui les dalles disparaître avec nostalgie. Les jeunes qui ont découvert le spot par le bouche-à-oreille et qui occupent les rochers en groupes bruyants. Les touristes avertis qui ont fait leurs devoirs et qui descendent avec leurs guides de voyage sous le bras. Tous cohabitent dans cet espace réduit, chacun défendant son petit territoire.

Le décor joue énormément. Les hangars à bateaux du Vallon des Auffes visibles au loin, les villas patriciennes qui dominent la côte avec leurs façades colorées, la Villa Petite Ourse qui veille sur l’anse comme une matriarche bienveillante. L’architecture raconte une histoire, celle d’un Marseille balnéaire du début du XXe siècle, quand la bourgeoisie locale venait prendre ses quartiers d’été sur cette côte encore sauvage.

Le nom lui-même, Maldormé, nourrit les légendes. Certains racontent qu’il viendrait des amoureux qui venaient s’y retrouver à l’écart des regards et passaient des nuits peu reposantes sur les rochers. D’autres évoquent les pêcheurs qui s’y abritaient et dormaient mal dans leurs barques bercées par les vagues. Peu importe la vérité historique, le nom colle parfaitement à ce lieu qui refuse le confort, qui vous fait dormir sur des galets, qui vous réveille d’un sommeil trop tranquille.

Les levers de soleil, quand vous avez le courage d’être là à l’aube, sont exceptionnels. La lumière rase sur les rochers blancs, la mer encore calme, le silence presque complet. Les couchers de soleil offrent un spectacle différent, plus chaud, avec les falaises qui s’embrasent et l’ombre qui gagne progressivement la crique. Ces moments-là, vous comprenez pourquoi des gens descendent cet escalier depuis des générations.

La communauté d’habitués qui se retrouve à Maldorme constitue peut-être l’âme véritable du lieu. Ils ont leurs codes, leurs places attitrées, leurs horaires. Ils se saluent d’un signe de tête, échangent quelques mots sur la température de l’eau ou la qualité des dernières démolitions. Vous sentez que vous entrez dans un cercle, que vous devez mériter votre place. Ce n’est pas hostile, mais ce n’est pas ouvert non plus. Maldorme demande un effort, une volonté de descendre cet escalier, et cet effort crée une forme de sélection naturelle.

Aujourd’hui, avec les travaux de renaturation qui se poursuivent, l’avenir de Maldorme s’écrit en direct. Les dalles disparaissent, le béton laisse place aux rochers, le site retrouve progressivement son aspect naturel. Mais quelque chose s’est perdu en chemin : cette mémoire des cabanons, ces histoires de familles qui se transmettaient un bout de rocher de génération en génération. Nous assistons à une transformation qui divise : d’un côté, ceux qui applaudissent le retour à la nature, de l’autre, ceux qui pleurent un Marseille populaire en voie de disparition. L’Anse de Maldorme continue de résister, entre ville et mer, entre passé et futur, entre secret bien gardé et envie d’être partagée. Et c’est peut-être cette tension permanente qui la rend si attachante.

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