Palma n’est pas une ville qu’on survole entre deux séances de plage. C’est une capitale à part entière, complexe, dense, qui mêle gothique médiéval et gastronomie étoilée, marchés de pêcheurs et nuits qui ne commencent qu’après 22h. Ceux qui la sous-estiment passent à côté de l’essentiel. Ce guide est fait pour ceux qui veulent vraiment la comprendre.
La Seu : la cathédrale qui domine tout, et pas seulement le paysage

On l’aperçoit depuis la mer avant même d’apercevoir la ville. La cathédrale La Seu, construite à partir de 1229 sur l’emplacement d’une ancienne mosquée, s’impose comme le monument le plus photographié des Baléares, et pourtant, l’extérieur ne prépare à rien de ce qu’on ressent en entrant. L’espace est vertigineux. Quatorze colonnes octogonales montent vers une voûte à 44 mètres de hauteur, et la lumière filtrée par 83 fenêtres et 7 rosaces transforme la nef en quelque chose d’incroyablement vivant selon l’heure.
La grande rosace gothique, surnommée « l’œil gothique », mesure 11,55 mètres de diamètre et reste l’une des plus grandes du monde. Elle est composée de 1 236 pièces de verre coloré. Deux fois par an, les 2 février et 11 novembre vers 8h30, un phénomène rare se produit : le soleil projette l’image de cette rosace sur le mur opposé, formant un « 8 » lumineux. Les Majorquins appellent ça el espectacle del vuit. Ça vaut le réveil matinal, croyez-nous. À l’intérieur, deux contributions artistiques majeures méritent l’attention : le baldaquin moderniste d’Antoni Gaudí, réalisé entre 1904 et 1914, fait de fer, carton et liège, qui surplombe le maître-autel comme une couronne d’épines ; et la chapelle Sant Pere de Miquel Barceló, inaugurée en 2007, entièrement tapissée d’un mural en céramique polychrome ondulante représentant le miracle des pains et des poissons. Cette chapelle divise encore les Majorquins. Ce n’est pas plus mal.
Réservez votre billet coupe-file en ligne, l’attente en plein soleil devant la porte sud peut facilement dépasser une heure en haute saison. Préférez une visite le matin tôt, quand la lumière traverse les vitraux à angle rasant et que les groupes ne sont pas encore arrivés.
Le Casco Antiguo : se perdre est la meilleure chose à faire

Le centre historique de Palma se parcourt à pied, sans plan, en prenant les rues perpendiculaires aux grandes artères touristiques. C’est là, dans les ruelles qui bifurquent vers La Lonja ou vers les quartiers arabes, que la ville montre son vrai visage. Les façades passent de l’ocre au doré selon la lumière, les portes en bois sculpté cachent des cours intérieures que les Majorquins appellent patis. Ces patios, héritage de l’architecture andalouse, sont des merveilles de fraîcheur et de silence. Certains ouvrent au public quelques jours par an, notamment au printemps, lors des journées du patrimoine.
La Plaça Major, rectangulaire et bordée d’arcades, est le point de ralliement évident, mais ne vous y attardez pas trop. Descendez plutôt vers la Plaça de Cort, où trône l’Ajuntament du XVIIe siècle et, devant lui, un olivier millénaire de plus de 800 ans qui mérite quelques secondes de contemplation silencieuse. Continuez vers les ruelles de La Lonja, cet ancien quartier de marchands où les galeries d’art contemporain côtoient des bars discrets. Si vous cherchez un vrai secret, entrez dans l’église du Socorro dans la calle du même nom et trouvez la chapelle de San Nicolás de Tolentino : une voûte elliptique entièrement décorée de motifs végétaux en pierre, d’une blancheur quasi irréelle, que même beaucoup de Palmésans ne connaissent pas.
Le Palais de l’Almudaina et les jardins du roi : la Majorque royale à portée de main

Juste à côté de La Seu, le Palau de l’Almudaina est souvent traité comme un monument secondaire. C’est une erreur. Ancienne forteresse arabe transformée en résidence royale au XIIIe siècle par Jacques II de Majorque, il sert encore aujourd’hui de cadre aux cérémonies officielles de la famille royale espagnole lors de leurs séjours sur l’île. L’intérieur révèle des salles somptueuses, la chapelle Sant’Anna avec ses voûtes gothiques, et des appartements royaux qui témoignent de sept siècles d’histoire sans jamais tomber dans le musée figé. La visite dure environ une heure, ce qui est juste ce qu’il faut.
En sortant, descendez vers les jardins de S’Hort del Rei, l’ancien potager royal aménagé en jardin public, niché entre les murailles médiévales et la mer. Des fontaines arabes, une végétation dense, quelques sculptures éparpillées sur les allées. C’est l’un des espaces les plus apaisants du centre-ville, et l’un des moins fréquentés malgré son emplacement central.
Le château de Bellver : l’une des rares forteresses circulaires d’Europe

Perché à 112 mètres au-dessus du niveau de la mer, à trois kilomètres du centre, le Castell de Bellver est l’unique forteresse à plan circulaire d’Espagne et l’une des rares d’Europe. Construit entre 1300 et 1311 sur ordre de Jacques II, il a servi successivement de résidence royale, de refuge contre la peste, puis de prison militaire jusqu’au milieu du XXe siècle. Des opposants politiques y ont été enfermés lors de la guerre d’Indépendance. On ne visite pas seulement un château, on traverse plusieurs siècles de pouvoir et de violence.
La cour intérieure, avec ses arcades sur deux niveaux, et la vue panoramique à 360° sur la baie de Palma, la Serra de Tramuntana et la Méditerranée valent largement les 15 minutes de bus ou de marche depuis le centre. En été, la mairie de Palma organise des concerts de musique classique dans la cour, interprétés par l’Orchestre Symphonique des Baléares tout au long de juillet et début août. L’acoustique de la cour circulaire est saisissante. Réservez impérativement si vous êtes sur l’île à cette période. Pour la visite classique, privilégiez la fin de journée : les pierres s’embrasent à la lumière du couchant, et Palma s’illumine progressivement en contrebas.
La Fondation Miró et le musée Es Baluard : deux visions de l’art, une même ville

Palma entretient un rapport particulier avec l’art moderne, et deux lieux le montrent de façon très différente. La Fondació Pilar i Joan Miró, à Cala Major, n’est pas un musée au sens habituel du terme. C’est l’espace de vie et de travail où Joan Miró a passé les dernières décennies de son existence, après s’être installé sur l’île en 1956, ses liens familiaux le rattachant à Majorque. L’atelier conçu par l’architecte Josep Lluís Sert, ami personnel du peintre, est resté pratiquement dans l’état où Miró l’a laissé : pinceaux, palettes, toiles inachevées. Il y a une intimité troublante dans cet espace. Le jardin de sculptures complète la visite, dans une lumière méditerranéenne qui explique à elle seule pourquoi Miró a choisi de rester ici.
À l’autre bout de l’expérience artistique, le musée Es Baluard, installé dans une ancienne forteresse défensive du XVIe siècle au bord du Passeig Marítim, propose une collection permanente qui réunit des œuvres de Picasso, Cézanne, Miró et Gauguin, complétée par des expositions temporaires régulièrement renouvelées. La terrasse du musée offre une vue remarquable sur les remparts et la mer. Deux lieux, deux atmosphères, mais une même conviction que Palma n’est pas seulement une ville de plage.
Les marchés de Palma : où la ville se retrouve vraiment
Les marchés de Palma disent davantage sur la ville que n’importe quel monument. Voici les trois qui méritent le détour, pour des raisons très différentes.
| Marché | Ambiance | Meilleur moment |
|---|---|---|
| Mercat de l’Olivar | Grand, dense, authentique. Poissons frais, sobrasada, fromages, comptoirs de tapas debout. Mélange de retraités locaux, de chefs et de curieux. | En semaine, dès 8h. Fermé le dimanche. |
| Mercat de Santa Catalina | Plus branché, clientèle jeune et cosmopolite. Brunchs en terrasse, produits bio, bar à huîtres. Quartier vivant tout autour. | Le week-end matin pour l’ambiance maximale. |
| Mercat de Pere Garau | Le moins touristique des trois. Fréquenté presque exclusivement par les Palmésans. Légumes du jardin, fruits de saison, prix locaux. | Mardi et vendredi matin. |
Le Mercat de Pere Garau est celui qu’on cite rarement dans les guides. Si vous voulez voir Palma hors de toute mise en scène touristique, c’est là qu’il faut aller. Personne ne vous attendra avec une ardoise en français.
La gastronomie majorquine : ce qu’il faut absolument manger (et où)

La cuisine majorquine n’est pas spectaculaire au sens visuel du terme. Elle est honnête, enracinée, construite sur des siècles d’élevage porcin et de pêche côtière. La sobrasada, saucisse fraîche et tartinale au paprika, bénéficie d’une Indication Géographique Protégée depuis 2003. On la mange étalée sur du pain grillé, parfois avec un filet de miel, parfois seule. Elle dit beaucoup sur le caractère de l’île : rien d’ostentatoire, tout dans le fond. L’ensaïmada, pâtisserie en spirale saupoudrée de sucre glace, remonte au XVIIIe siècle. La meilleure adresse pour la déguster reste Can Joan de S’Aigo, fondé en 1700, salon de thé vieillot et magnifique, calle Sanç. Le pa amb oli, pain frotté à la tomate et arrosé d’huile d’olive, n’est pas une recette mais une philosophie de table : simple, partageable, infini dans ses variations selon la charcuterie qu’on y ajoute.
Le week-end entre 12h et 14h, Palma vit au rythme du vermouth. Les bars à vermut de Santa Catalina et du centre se remplissent de familles locales qui commandent un vaso de vermut accompagné de variados, petites tapas maison. Ce rituel du dimanche est l’une des pratiques les plus ancrées de la ville, et l’une des moins visibles depuis les circuits touristiques. Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la gastronomie, Palma dispose d’une scène gastronomique fine sérieuse : le restaurant Zaranda du chef Fernando Pérez Arellano, installé dans l’hôtel Es Princep, ou le Marc Fosh dans la calle Missió, tous deux reconnus par le Guide Michelin, proposent une relecture contemporaine des produits locaux.
Le quartier Santa Catalina : l’endroit où Palma vit après 20h
Ancienne zone populaire à l’ouest du centre historique, Santa Catalina s’est transformé en une décennie sans perdre sa texture de quartier réel. Le matin, son marché tourne à plein régime. Le soir, les terrasses s’ouvrent, les lumières changent, et les Palmésans prennent possession des rues. C’est là que la ville se laisse aller, loin du centre touristique saturé et de ses restaurants à ardoise multilingue.
Pour s’y installer, quelques adresses structurent la soirée : Wine Industry, carrer de Pou, pour une sélection de vins espagnols et internationaux dans un cadre chaleureux ; Chakra et LAB Cocktail Bar, tous deux dans la carrer de Sant Magí, pour des cocktails soignés dans une ambiance plus festive. La différence avec le Born ou la Plaça Major, c’est que les voisins y viennent aussi.
Sorties en mer : catamaran, voilier, coucher de soleil, choisir la bonne formule

La baie de Palma se découvre autrement depuis l’eau. Plusieurs formules coexistent, et elles ne s’adressent pas aux mêmes voyageurs. Les croisières au coucher de soleil durent 2 à 3 heures, démarrent en fin d’après-midi depuis le port principal ou depuis Portixol, ce petit quartier de pêcheurs à l’est de Palma que la plupart des guides ignorent. L’effet est garanti : la cathédrale vue depuis la mer à la lumière du soir, c’est une image qui reste. Pour une journée complète, les excursions en catamaran avec barbecue et baignades durent environ 5 heures et restent l’option la plus conviviale pour les familles ou les groupes. Les criques accessibles uniquement par mer, certaines nichées entre les falaises au sud-ouest de la baie, valent à elles seules la sortie. En haute saison, réservez au moins 48 heures à l’avance.
Plages à Palma : lesquelles valent vraiment le déplacement

Soyons directs : les plus belles plages de Majorque ne sont pas à Palma. Elles sont sur la côte nord, à Alcudia, ou dans le sud-est, autour de Cala Millor. Cela dit, celles qui bordent la capitale ont leurs propres qualités. Illetas, accessible en bus EMT depuis le centre, offre une eau turquoise étonnamment claire pour une plage si proche d’une ville. Cala Major, familiale et peu agitée, se combine bien avec une visite de la Fondation Miró toute proche. Can Pere Antoni, en bordure de l’avenue Gabriel Roca, est la plage urbaine par excellence : idéale pour une pause entre deux visites sans perdre de temps en transport.
Pour quelque chose de plus singulier, la Cala del Delta, à vingt minutes de voiture de Palma vers le sud-est, mérite le détour. Ce n’est pas une plage de sable mais un ensemble de piscines naturelles creusées dans la roche par les carriers qui extrayaient autrefois le marès pour la construction de la ville. Le résultat est un paysage lunaire, baignable, presque sans touristes.
Excursions depuis Palma : quand la ville n’est qu’un point de départ

Majorque est petite, 3 640 km², et tout ce qui vaut vraiment le trajet depuis Palma est accessible en moins d’une heure. Quelques destinations s’imposent naturellement, selon ce qu’on cherche.
- Valldemossa (15-20 min en voiture) : village de montagne dans la Serra de Tramuntana, célèbre pour sa chartreuse où Chopin a séjourné en 1838. Le marché dominical rassemble charcuteries, olives et vins locaux dans un cadre médiéval intact.
- Sóller en train de bois : le trajet depuis la gare de Palma est en lui-même le but. La voie ferrée inaugurée en 1912 traverse les orangeraies et les tunnels de la Tramuntana. Comptez environ une heure aller, et réservez votre billet à l’avance en été.
- Grottes du Drach (1h de route) : réseau de cavernes immenses renfermant le lac souterrain de Martel, l’un des plus grands du monde. Ce qui distingue la visite des autres grottes touristiques : un concert de musique classique joué sur des barques à la surface du lac. L’effet est improbable et réel.
- Banyalbufar : alternative méconnue à Valldemossa pour ceux qui veulent fuir les groupes. Village de 500 habitants accroché à la falaise, vignobles en terrasses, vue plongeante sur la Méditerranée, et une quiétude que ni Valldemossa ni Deià ne peuvent plus vraiment offrir en haute saison.
Palma selon la saison : le même endroit, quatre ambiances radicalement différentes
Palma n’est pas la même ville en juillet et en janvier. Ce n’est pas une formule : ce sont deux expériences réellement distinctes, et choisir la bonne période change tout à ce qu’on en retire.
Le printemps (avril-mai) est notre recommandation sans hésitation. Les températures oscillent entre 18 et 25°C, les amandiers sont en fleur dans les environs, les files d’attente devant La Seu sont raisonnables, et les prix de l’hébergement n’ont pas encore atteint leurs sommets.
L’été (juin-août) est vivant, certes, mais saturé : plages bondées, terrasses pleines deux heures à l’avance, chaleur intense en milieu de journée. Si vous venez quand même en été, réservez tout en amont, logement, billets de musées, excursions en mer.
L’automne (septembre-octobre) réconcilie les avantages : la mer est encore à 23-24°C, la ville reprend son rythme, et les prix baissent sensiblement.
En hiver, Palma appartient à ses habitants. Les marchés de Noël s’installent autour de la Plaça Major, les musées sont déserts, et la Fondation Miró se visite sans partager la salle avec trente inconnus. C’est une autre île.
Palma pratique : ce qu’il faut savoir avant de partir
L’aéroport de Palma (PMI) est situé à 8 km du centre-ville. Le bus EMT ligne 1 relie l’aéroport à la Plaça d’Espanya en 30 minutes pour moins de 2 euros. Un taxi coûte entre 20 et 30 euros selon la circulation. Le centre historique se parcourt entièrement à pied, et les bus EMT couvrent bien les quartiers excentrés comme Cala Major ou les plages d’Illetas.
Avant de partir, tenez compte de quelques réalités pratiques. L’écotaxe des Baléares est obligatoire pour toute personne de plus de 16 ans séjournant dans un hébergement touristique. Son montant varie selon la catégorie de l’établissement et la saison : en haute saison, comptez entre 2 et 6 euros par personne et par nuit selon le standing de votre hôtel. Elle a été augmentée en juin 2025 pour la saison estivale. Sur une semaine, cela représente un poste à intégrer dans votre budget. Les musées de la ville proposent pour certains une entrée gratuite le dimanche matin, vérifiez les horaires sur leurs sites respectifs avant de vous déplacer. Enfin, si vous visitez La Seu lors des journées patrimoniales locales ou pendant les fêtes de Sant Sebastià en janvier, la ville change de visage et de rythme.
Palma réserve ses meilleures surprises à ceux qui acceptent de rater leur programme. Perdez-vous dans le Casco Antiguo un matin, installez-vous à un comptoir de marché sans savoir ce qu’on va vous servir, prenez le bateau un soir sans destination précise : c’est là que la ville se donne vraiment.




